Les bijoux dérobés au Louvre ont trouvé place parmi les 700 000 chefs-d'œuvre répertoriés dans la plus vaste base de données au monde dédiée aux œuvres d'art volées, qui dépasse même les fichiers du FBI et d'Interpol. Installée à Londres, une équipe d'experts s'emploie depuis plus de trois décennies à retrouver ces pièces perdues afin de les restituer à leurs propriétaires légitimes.
Il suffit parfois de quelques minutes pour qu’un vol monumental se produise. Un incident tragique survenu dans un château anglais, il y a 22 ans, reste gravé dans les mémoires. Cinq cambrioleurs, masqués et vêtus de bleu de travail, ont réussi à pénétrer dans les lieux et à briser une vitrine avec une rapidité déconcertante. En un rien de temps, ils ont dérobé une cinquantaine d'objets d'une valeur estimée à près de 6 millions d'euros, en les emballant dans un rideau avant de s'éclipser dans la nuit.
"J'ai reçu un appel inquiétant en pleine nuit. C'était un choc de réaliser qu'ils avaient tout emporté," se souvient Pippa Shirley, directrice de Waddesdon Manor en Angleterre. Bien que les voleurs n’aient jamais été appréhendés, l’histoire a pris une tournure inattendue en 2021 lorsqu'une bonbonnière volée réapparaît dans une vente aux enchères.
"C'était incroyable de la revoir. Recevoir cet appel, réaliser que c'était notre boîte, c'était fantastique. J'espère encore récupérer le reste un jour," exprime avec espoir la directrice.
700 000 œuvres à l'affiche
La redécouverte de cette bonbonnière s'explique par le fait qu'elle était soigneusement inscrite dans la base de données des œuvres volées. Ce registre, qui contient près de 700 000 tableaux, sculptures et bijoux, est géré par une société privée à Londres, et les bijoux volés au Louvre y sont en bonne place.
"Ici, nous pouvons voir notre enregistrement concernant les objets volés au Louvre. Nous avons des photos, des descriptions, les dimensions. C'est crucial pour nos recherches," explique Charlotte Chambers Farah, de l'Art Loss Register. Les informations sont comparées avec les œuvres en vente sur le marché de l'art.
"Chaque jour, nous recevons des centaines de demandes provenant de musées, de maisons de vente et de marchands d'art. Nous confrontons toutes ces vérifications aux données que nous avons," poursuit-elle.
Un retour fortuit
Ces efforts de vérification portent leurs fruits chaque année, permettant de retrouver environ cinquante œuvres disparues. L'un des exemples marquants est un tableau de Camille Pissarro volé dans les années 80, qui a refait surface lors d'une vente aux enchères. À l'origine, cette œuvre figurait sur une photographie datant de 80 ans, prise dans un appartement que les nazis avaient spolié.
"Le retour de cette œuvre, bien que moins précieuse sur le plan financier, a eu un impact émotionnel immense. La restituer aux descendants des propriétaires juifs spoliés était tout aussi puissant," confie Amélie Ebbinghaus, directrice de la recherche à l'Art Loss Register.
Créé il y a 35 ans, ce registre se finance grâce aux commissions prélevées sur les vérifications effectuées pour les marchands d'art. Ces enquêteurs de l'ombre, avec un dévouement sans faille, continuent de faire resurgir des trésors perdus qui auraient pu sombrer dans l'oubli.







