Dans la commune de Chirongui, au sud de Mayotte, Zarianti Houmadi exprime ses craintes face à une rivière polluée. "Les déchets attirent les moustiques, c'est vraiment inquiétant," confie-t-elle. Selon les données de Santé publique France, depuis le début de l'année, 244 cas ont été recensés, dont 25 provenant d'infections locales. En 2025, on n'avait enregistré que 111 cas, avec seulement cinq autochtones.
Le paludisme, un souvenir presque effacé
Le village, cependant, semble en retard d'information. Nini Irene, vendeuse de fruits et légumes au marché, ne savait même pas que le paludisme était de retour. "Je ne savais pas qu'il y avait du palu ici à Mayotte," dit-elle, tout comme plusieurs passants. Depuis 2020, le département était considéré exempt de cas indigènes. Selon Youssouf Hassani, délégué régional de SpF, la situation a été aggravée par une forte recrudescence de la maladie dans les pays voisins.
Avec plus de 20 000 cas par an aux Comores et près de 2,8 millions à Madagascar, les experts estiment que les infections importées de ces régions ont presque triplé entre 2023 et 2024.
Une situation préoccupante à Mayotte
Le moustique anophèle, qui transmet le parasite, reste présent dans certaines zones comme Chirongui, Bandrélé et Dembéni. Bien qu'il ne soit pas encore question de reprise épidémique, la situation actuelle préoccupe sérieusement. À Mayotte, 71 patients ont été hospitalisés cette année, dont quatre en soins intensifs, le paludisme étant responsable d'environ 600 000 décès mondiaux chaque année selon l'OMS.
Alima Slaï, mère de famille, s'inquiète de la capacité du système de santé à gérer cette crise, en particulier avec la pénurie de médecins dans le département.
L'Agence régionale de santé (ARS) a intensifié ses efforts de détection et de prévention pour contenir la maladie. Lorsqu'un cas est signalé, l'ARS dépiste immédiatement l'entourage des malades et s'engage dans un programme de lutte anti-vectorielle, cartographiant les porteurs de moustiques.
Les moustiques anophèles, un défi à relever
À la différence des moustiques tigres, qui se trouvent majoritairement en milieu urbain, les moustiques anophèles privilégient les environnements ruraux, infestant des zones critiques comme les rivières. "Ces gîtes naturels sont difficiles à éradiquer", souligne Fatiha Djabour, directrice de la santé publique de l'ARS. Les autorités mettent également en œuvre des campagnes préventives, incluant la distribution de moustiquaires traitées, car ces moustiques piquent surtout la nuit. Bruno Morel de l'ARS insiste sur l'importance de passer des nuits en sécurité sous les moustiquaires.
Les prix de ces protections, allant de sept à 25 euros, représentent un véritable défi pour une population dont la moitié vit avec moins de 260 euros par mois. Zarianti Houmadi appelle à la généralisation de ces distributions d'anti-moustiques pour protéger la communauté.
Dans ce contexte, la surveillance et la sensibilisation demeurent cruciales pour éviter la propagation du paludisme et préserver la santé des Mahorais.







