Une école déserte avec des cahiers abandonnés sur les tables, un bar silencieux et des mines artisanales inactives : suite à une opération militaire de l'armée vénézuélienne, Brisas de Cuyuni est devenu un endroit où l'absence d'habitants et de mineurs évoque un tableau de désolation.
Connu pour ses vastes réserves de pétrole, le sous-sol vénézuélien cache également une incroyable richesse en ressources minérales telles que l'or, le diamant et le coltan. Malheureusement, une grande partie de cette richesse est entre les mains de bandes armées et de guérillas qui dominent l'Arc minier du pays, un territoire de 112.000 km² isolé des grandes agglomérations.
En réponse à la pression américaine et à l'adoption d'un nouveau code minier, l'armée a récemment lancé une opération pour déloger ces gangs, notamment autour de Las Claritas, une région aurifère contrôlée par des figures notoires comme Juancho et Johan Petrica, fondateur du célèbre gang Tren de Aragua.
Les témoignages locaux révèlent une atmosphère de terreur : "Lundi, j'ai entendu des sifflements près de mes oreilles, pensais que les ninjas nous attaquaient", raconte José Guzman, un orpailleur de 68 ans. Il a craint pour sa vie alors que les forces armées ont largué des bombes depuis des hélicoptères, poussant la population à la fuite.
Des journalistes de l'AFP ont observé une présence militaire renforcée avec de nombreux véhicules et agents en civil armés. Les ONG dénoncent des affrontements violents, tandis que les autorités du pays, y compris la présidente par intérim Delcy Rodriguez, gardent le silence sur l'opération actuelle.
Les travailleurs du secteur minier, malgré l'arrêt des opérations, expriment leur soulagement : "Les gangs infligeaient des mauvais traitements à la population. C'était un véritable régime de terreur", confie un orpailleur sous couvert d'anonymat à l'AFP. Les affaires étaient souvent extorquées, laissant les mineurs dans une précarité insupportable.
Brisas de Cuyuni, autrefois animé, est aujourd'hui une ombre de ce qu'il était : des maisons en bois recouvertes de bâches, des mineurs espérant un futur meilleur. Le processus d'extraction de l'or, qui mêle boue, savon et mercure, se déroule maintenant dans un silence pesant.
Antonio Figuera, orpailleur de 47 ans, observe : "Avec l'arrivée de l'armée, la ville est devenue presque fantomatique. Avant, il y avait du commerce et de l'activité ; maintenant, c'est le calme plat." La vie des mineurs est devenue un combat quotidien pour la survie.
Les routes sont devenues des artères de fuite, alors que des familles évacuent leurs biens, laissant derrière elles des souvenirs d'une vie active. Un mineur exprime avec tristesse : "Je n'ai pas d'économies ; je me bats juste pour nourrir ma famille. Nous espérons encore pouvoir travailler ici un jour." Avec à l'horizon des rumeurs de concessions à des multinationales, les craintes persistent quant à l'avenir de ces zones autrefois florissantes.
Alexis Perez, orpailleur de 52 ans, résume l'incertitude ambiante : "Nous attendons de voir si le gouvernement va nous permettre de retourner à l'exploitation, ou s'ils vont définitivement s'approprier cette zone." Le désespoir est palpable, mais l'espoir d'un retour à un semblant de normalité demeure.







