Dans un entretien accordé à l’Humanité magazine, Yolanda Díaz, ministre du Travail et de l’Économie sociale en Espagne, analyse les succès de son pays face aux défis néolibéraux de l’Union européenne, notamment en période de crise. Évoquant les tensions avec Bruxelles et au sein même de son gouvernement, la deuxième vice-présidente affirme que les politiques sociales mises en place montrent qu'une croissance économique responsable est possible.
« La thèse néolibérale, qui prétend que protéger les droits des travailleurs nuit à la croissance, s'avère totalement fausse », déclare-t-elle. Elle souligne que les résultats économiques positifs de l'Espagne, marqués par une forte réduction du chômage, confirment que des réformes en faveur des droits des travailleurs conduisent à une prospérité partagée.
Díaz n'hésite pas à rappeler l'échec des politiques d'austérité imposées par les technocrates européens durant la crise de 2008 qui, selon elle, n'ont fait qu'aggraver les inégalités. La droite, alors au pouvoir, avait laissé le taux de chômage atteindre près de 27% tandis que des coupes budgétaires drastiques mettaient en péril les services publics.
Une transformation audacieuse
Le gouvernement espagnol a opéré un virage radical en augmentant de 66% le salaire minimum et en adoptant une nouvelle réforme du travail qui vise à garantir la stabilité de l'emploi et à renforcer les droits des syndicats. « Ces changements ont été un véritable défi pour nous, mais leurs résultats parlent d'eux-mêmes. Notre taux de chômage a diminué de manière significative, et nos politiques sont enfin saluées par des institutions comme l’OCDE et le FMI », explique-t-elle.
Non seulement la nouvelle législation a permis de créer des emplois, mais elle a également entraîné une hausse des cotisations sociales et des revenus fiscaux, attestant de l’efficacité d'un modèle basé sur la protection sociale.
« L'augmentation du salaire minimum, longtemps critiquée, n'a pas détruit des emplois comme le prédisait le discours néolibéral. Au contraire, elle a revitalisé notre économie », se réjouit-elle.
Le défi politique
Face aux réformes, Diane évoque les défis à relever, notamment ceux liés à la résistance interne au sein du gouvernement, où des tensions avec le PSOE ont émergé. « L'Espagne a longtemps connu des réformes axées sur des politiques libérales. La nôtre, en revanche, a pour but d'ancrer le progrès social au cœur de l'économie », souligne-t-elle.
Parallèlement, Díaz aborde les enjeux géopolitiques actuels, affirmant la nécessité de dire non aux pressions extérieures, notamment de la part des États-Unis. Elle ajoute que l'Espagne se doit de défendre ses valeurs sur la scène internationale.
Díaz conclut en insistant sur l'importance de continuer à se battre pour des politiques sociales robustes et de convaincre les citoyens que des alternatives aux politiques austéristes existent. « Notre réussite ne se limite pas à des chiffres, mais à la conviction que protéger les travailleurs est ce qui peut faire croître notre économie », dit-elle avec détermination.







