Le Parlement roumain a récemment renversé le gouvernement libéral pro-européen d'Ilie Bolojan, grâce à une alliance inattendue entre le Parti social-démocrate (PSD) et l'extrême droite. Ce vote, qui a validé une motion de censure, accentue les tensions politiques et économiques dans le pays.
Nous assistons à un retour troublant de l'instabilité politique en Roumanie. Le 5 mai, le gouvernement d'Ilie Bolojan a été destitué par le Parlement, un acte qui plonge les roumains encore plus dans la tourmente. Les sociaux-démocrates du PSD ont uni leurs forces avec des partis d'extrême droite pour dénoncer les politiques d'austérité du gouvernement, qui sont jugées sévères par de nombreux observateurs.
La motion de censure a reçu un soutien massif, avec 281 voix pour, dépassant largement les 233 nécessaires pour son adoption. Cette décision pourrait conduire à un chaos politique, dans un pays déjà fragilisé par un déficit public de 7,9 % du PIB au quatrième trimestre 2025, selon des données d'Eurostat.
Que s'est-il passé ?
Pour comprendre les raisons de ce renversement, il est crucial d'examiner le parcours politique récent de la Roumanie. En novembre 2024, la présidentielle a été annulée en raison de soupçons de manipulations en faveur d'un candidat d'extrême droite prorusse, Calin Georgescu. Dans le même temps, les élections législatives ont révélé une forte poussée de l'extrême droite, qui a obtenu près de 30 % des voix.
Malgré cela, une coalition de gauche et de centre-droit, incluant le PSD, le Parti national libéral (PNL) et l'Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR), parvenait à maintenir une certaine stabilité. En mai 2025, le Premier ministre Marcel Ciolacu démissionne, précipitant des mois de discussions pour former un nouveau gouvernement sous l’égide d'Ilie Bolojan.
Cristian Preda, professeur de sciences politiques à l'université de Bucarest, explique : "Le président a voulu construire une coalition pro-européenne pour contrer des partis qui affichent une forte hostilité envers l'UE, appelant notamment à cesser l'aide à l'Ukraine."
Cependant, cette coalition ne parvint pas à trouver son élan, fragilisée par un vote anti-système croissant. "Il y a un rejet général envers les libéraux et les sociaux-démocrates qui, selon beaucoup, ont échoué pendant trente ans à délivrer des résultats tangibles en matière de gouvernance," affirme Cristian Preda.
Pourquoi le PSD a-t-il lâché le gouvernement ?
Au fil des semaines, le PSD a intensifié sa critique des politiques d’austérité du gouvernement Bolojan, jugées responsables d'une détérioration des conditions de vie. Les tentatives de Bolojan pour maîtriser le déficit budgétaire, notamment par l’augmentation de la TVA et l'imposition de nouvelles taxes, ont suscité la controverse. "Il a mis en place des mesures impopulaires, telles que le gel des salaires des fonctionnaires," souligne Cristian Preda.
"Les sociaux-démocrates ont donc commencé à dire que Bolojan était responsable de la situation, qu'il ne comprenait rien à l'économie," ajoute Cristian Preda, professeur de sciences politiques.







