La conservatrice Christ Church, liée au nationalisme chrétien, projette d'accroître son influence au cœur du pouvoir américain, soutenue par des figures comme le ministre de la Défense, Pete Hegseth. En février, ce dernier a convié le pasteur Doug Wilson, connu pour ses idées controversées sur le droit de vote des femmes et leur rôle dans l'armée, à prêcher au ministère de la Défense. Christ Church connaît un essor significatif à Washington, et Wilson lui-même a récemment comparé la capitale américaine à Babylone, un symbole d'orgueil, affirmant son désir de la transformer en « nouvelle Jérusalem ».
Cette église a trouvé un allié de poids en Hegseth, qui arbore le cri de ralliement « Deus Vult » sur son bras. L'ancien conseiller a écrit un livre, « American Crusade », et fait partie de la Communion of Reformed Evangelical Churches (CREC), cofondée par Wilson dans les années 1990, et qui regroupe aujourd'hui plus de 160 églises à travers le monde. En 2021, Hegseth a assisté au premier office de Christ Church à Washington, coïncidant avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
« Avec l’élection de Trump, nous savions qu’il y aurait un intérêt croissant pour notre vision théologique et culturelle », explique Joe Rigney, pasteur ayant prêché à plusieurs reprises pour la Christ Church. Il ajoute que l’ouverture de cette église répondait à une forte demande de fidèles.
Une influence croissante au sein de l’administration
Le discours de cette église reflète une volonté de « faire de l’Amérique une nation chrétienne », expliquent des chercheurs comme Julie Ingersoll, professeure d’études religieuses à l’Université de Floride Nord. Rigney résume leur objectif : « Rappeler à tous, des ministres aux citoyens ordinaires, que Jésus est le Seigneur ».
Pour la CREC, la politique et la religion sont étroitement liées. Wilson, souvent controversé dans ses opinions sur des questions telles que la guerre en Iran ou le droit de vote des femmes, délivre des commentaires souvent teintés d’humour à travers son blog. Toutefois, de nombreux historiens contestent l’affirmation selon laquelle les États-Unis auraient été conçus comme une nation chrétienne, arguant que cela découle d’une interprétation personnelle du christianisme plutôt que d’une vérité historique. Sam Perry, professeur à l’Université Baylor, rappelle que le Premier amendement stipule l’absence de religion d’État et interdit de subordonner l’accès aux fonctions publiques à une religion.
Des positions en rupture avec le cadre constitutionnel
Le discours nationaliste chrétien, déjà présent sous Ronald Reagan, n'était pas forcément pris au sérieux, mais aujourd'hui, il gagne en légitimité. Kristen Kobes du Mez, professeure d’histoire, note que Doug Wilson, longtemps marginalisé, devient peu à peu une figure d’influence dans le milieu évangélique.
Ranké parmi les récents succès politiques par la CREC, Rigney évoque l’annulation de l’arrêt Roe vs. Wade, qui protégeait le droit à l’avortement, et presse pour remettre en question la décision Obergefell, qui a légalisé le mariage homosexuel. Il attire également l’attention sur l’immigration, un thème qu’il associe à un éloignement des « racines chrétiennes » de la nation.
La rhétorique nationaliste chrétienne est particulièrement présente depuis le début de la guerre en Iran, où Hegseth appelle régulièrement à prier pour les militaires déployés, citant les Écritures. Il a même comparé un pilote américain secouru en Iran à Jésus ressuscité. Critiqué pour son hostilité envers la présence des femmes au combat, Hegseth a récemment indiqué que le Pentagone examinerait l'impact de leur intégration dans les rôles de combat. Les analyses de Kristin Kobes du Mez soulignent que Hegseth incarne un christianisme militant. Quant à la Christ Church de Washington, Rigney déclare que la communauté aspire à une présence durable, peu importe les cycles électoraux.







