Le centre de l'Inde, autrefois théâtre de l'une des rébellions les plus anciennes d'Asie, est désormais jonché de mines artisanales. Bien qu'un semblant de paix ait été restauré, ces engins explosifs, vestiges des luttes maoïstes, continuent de poser un risque mortel pour la population.
Le ministre de l'Intérieur, Amit Shah, a déclaré le mois dernier la défaite des Naxalites, du nom du village où tout a commencé en 1967, une lutte qui a coûté plus de 12 000 vies humaines. Face à cette évolution, les routes autrefois empruntées par les véhicules blindés des forces de sécurité sont désormais occupées par des camions transportant du minerai de fer.
Cependant, la menace des milliers d'engins explosifs improvisés (IED) demeure. Conçus de manière rudimentaire, ces pièges mortels, souvent constitués de billes de métal dissimulées dans des boîtes, फीसदी sont redoutés par ceux qui ont combattu ces rébellions. Kishan Hapka, membre des District Reserve Guards, témoigne : "Si vous demandez à un soldat ce qu'il craint le plus, ce ne sont pas les balles, mais les IED, car on ne sait jamais où l'on met les pieds."
Blessé par une mine qui lui a coûté sa jambe gauche l’été dernier, Hapka raconte : "Je me considère comme chanceux, car trois de mes camarades n'ont pas survécu à des explosifs similaires." Depuis les deux dernières décennies et demie, ces engins ont causé la mort de près de 500 soldats et ont blessé environ 1 000 autres. Ironiquement, ces armes ont également pris pour cible les populations autochtones, que les rebelles prétendaient protéger. Plus de 150 civils ont trouvé la mort et 250 ont été blessés dans ces attaques.
Les histoires de victimes comme Tama Jogi, 65 ans, révèlent encore la tragédie de cette situation. Elle a été amputée après avoir marché sur une mine l'été dernier, sans jamais recevoir de compensation des autorités qui, selon elle, ne se soucient que des soldats. "Je ne suis pas considérée comme une victime", déplore-t-elle.
Malgré la fin officielle des combats, des inquiétudes persistent au sein des autorités. Vijay Sharma, responsable exécutif adjoint de Chhattisgarh, constate : "Ces mines demeurent un problème sérieux. Nous en découvrons chaque jour, dans des endroits inattendus."
Des témoignages comme celui de Raju Modiyam, 35 ans, illustrent le danger omniprésent. Dans un chemin qu'il croyait sûr, il a été gravement blessé par une mine, le contraignant désormais à utiliser une béquille. "Le sang était partout", se souvient-il, angoissé par ce qui pourrait encore survenir.
Les opérations de déminage sont en cours, avec près de 900 mines retirées rien qu'autour de Bastar l'an dernier, et plus de 300 depuis le début de cette année. Cependant, le chef de la police, Sundarraj P., précise que le travail n'est pas encore achevé : "Nous ne pouvons pas assurer que le secteur est complètement sécurisé. La peur demeure toujours présente dans l'esprit des villageois, comme l’avoue Raju Modiyam : "Nous hésitons à retourner dans la jungle, de crainte de rencontrer un autre IED."







