Le cimentier français Lafarge, ainsi que huit de ses anciens responsables, ont été déclarés coupables par le tribunal de Paris de financement de terrorisme durant la période 2013-2014. Ils ont versé des fonds à des groupes djihadistes pour maintenir opérationnelle leur usine à Jalabiya, alors que la guerre faisait rage en Syrie. Ces versements, d'un montant total de près de 5,6 millions d'euros, servaient à financer des acquis d'intrants pour la production de ciment, et à garantir la sécurité des opérations de l’usine, en passant par les barrages contrôlés par ces groupes.
Cette affaire, qui a captivé l'attention nationale et internationale, montre le degré de compromis dans lequel s'est trouvé Lafarge. La société, intégrée par la suite au groupe suisse Holcim, a été accusée d'avoir facilité les activités de l'État islamique en Syrie, participant indirectement à la préparation d'attentats en Europe, comme ceux de janvier 2015 en France. Isabelle Prévost-Desprez, présidente du tribunal, a souligné l'importance de ces financements pour le groupe djihadiste concernant le contrôle des ressources naturelles syriennes.
Un procès déconcertant
Le procès, qui a débuté en novembre 2025 et s'est étendu sur six semaines, s'est tenu dans un contexte de tensions politiques croissantes. Lafarge a plaidé sa défense en arguant qu'elle avait agi sous contrainte, cherchant à protéger ses employés. Christian Herrault, ancien directeur général adjoint de l'entreprise, a notamment déclaré : "Nous étions entre deux mauvaises solutions." Pour de nombreux experts, cette affaire représente une mise en lumière saisissante de la collision entre les intérêts économiques et la réalité tragique des conflits.
Des représentants du parquet national antiterroriste (Pnat) ont dénoncé ce qu'ils voient comme une dérive inquiétante du secteur privé, où le désir de profit peut amener des multinationales à établir des partenariats avec des groupes non seulement controversés, mais également criminels. Les réquisitions du parquet et les témoignages des victimes des attentats du 13 novembre 2015 ont révélé comment ces fonds ont pu servir d'un des mécanismes de soutien aux activités terroristes.
Des conséquences gravissimes
Lafarge fait désormais face à des sanctions qui pourraient aller jusqu'à une amende de 1,125 million d'euros, accompagnée d'une confiscation partielle de son patrimoine. La situation soulève des questions profondes sur la responsabilité des entreprises dans les zones de conflit, et sur les conséquences de leurs actions sur la sécurité nationale. Alors que les verdicts seront rendus le 13 avril, l'opinion publique reste en émoi, se demandant jusqu'à quel point un projet commercial peut justifier des choix éthiques profondément discutables.







