Dans la douce lumière d'un matin printanier, Bernard Bouladou navigue le long de la Dordogne, vérifiant ses nasses soigneusement installées dans des zones stratégiques près de Vignonet. "On ne les place pas n'importe où," explique-t-il avec humilité. Les pêcheurs professionnels, comme lui, possèdent une connaissance aiguisée de cette rivière, qui se fait de plus en plus rare.
Autrefois, il était un pêcheur actif, mais aujourd'hui, à cause des changements réglementaires et de la raréfaction des espèces, son activité se réduit à quelques heures par semaine. Les poissons migrateurs, tels que l'alose, l'esturgeon et le saumon, sont devenus des souvenirs lointains. L'interdiction de la pêche à la lamproie, emblématique de la cuisine locale, a été un coup dur pour lui et ses comparses, notamment depuis la décision de justice d'avril 2023 qui a rendu cette pratique illégale.
"Nous ne vivons plus de la pêche à cause des restrictions et de l'extinction des espèces. Désormais, notre travail est pour la science," déplore Bernard. En effet, ces pêcheurs offrent aujourd'hui leur expertise pour aider à des programmes de recherche et de conservation qui visent à sauver des espèces menacées. Un parcours narré par Sud Ouest, qui met en lumière cette contribution des pêcheurs professionnels auprès des scientifiques.
Les lamproies qu'il capture sont maintenant traitées avec le soin d'un biologiste. Le 31 mars, une partie de sa récolte a été transportée 200 kilomètres en amont à Vayrac pour une relâche dans un environnement moins exposé aux silures. Le silure, espèce invasive d'origine exotique, est considéré comme un des principaux contributeurs à la disparition des poissons migrateurs, une réalité que les pêcheurs expérimentés comme ceux de Gironde doivent affronter.
« Nous vivons comme des chasseurs de primes, on a besoin de nous pour attraper des poissons pour les compter. On est là pour apporter des chiffres », déclare Bernard.
Ces efforts, bien que essentiels, sont bien moins rémunérateurs que l'ancienne pratique commerciale de la pêche. Bernard souligne une triste réalité : "En Gironde, nous ne sommes plus que 26, et je ne vois aucun jeune prendre la relève." Comment préserver une tradition si précieuse dans un milieu en constante évolution ? C'est là que réside le défi, tant pour les pêcheurs de Gironde que pour les espèces qu'ils œuvrent à protéger.







