Les Béninois entament ce dimanche un scrutin présidentiel où Romuald Wadagni, ministre des Finances, se positionne en grand favori face à son concurrent, l'enseignant et ancien ministre Paul Hounkpè, dont la campagne a paru bien moins dynamique.
Ce petit pays d'Afrique de l'Ouest, le Bénin, sort d'une décennie marquée par des transformations économiques majeures, malgré une situation sécuritaire fragile dans le nord due à des violences jihadistes.
Près de huit millions de citoyens sont appelés à voter entre 07H00 et 16H00 pour élire le successeur de Patrice Talon, qui quitte la présidence après deux mandats consécutifs, conformément à la Constitution. Ce délaisser, analyse souvent perçue comme une pondération des voix, est redouté par de nombreux électeurs.
À Cadjehoun, à Cotonou, une école primaire transformée en bureau de vote accueille des électeurs qui s'y présentent lentement. Beaucoup espèrent une affluence accrue après les cultes religieux.
Parmi les premiers électeurs, Christine Imende Djossou s'enthousiasme : "Je suis heureuse d'accomplir mon devoir citoyen et j'encourage tous les électeurs à faire de même." D'un autre côté, Yvan Glidja, ferveur électorale palpable, est venu tôt pour soutenir son candidat, assurant que la participation est cruciale.
Ce scrutin est marqué par la préparation de l'électorat, alors que beaucoup d'analystes jugent le résultat prévisible, une situation qui intensifie le débat sur le taux de participation. Les observateurs de l'Union européenne, de l'Union africaine et de la CEDEAO sont présents pour surveiller le déroulement des opérations.
Nana Akufo-Addo, ancien président ghanéen et membre de la CEDEAO, a exprimé l'espoir que le plus grand nombre de Béninois se mobilise pour voter. En soutien à Wadagni se tiennent les deux principaux partis, tandis qu'Hounkpè peine à émerger, ayant eu besoin d'appuis d'élus pour pouvoir se présenter.
Malheureusement, le principal parti d'opposition, Les Démocrates, n'est pas en lice, n'ayant pas atteint le nombre de parrainages requis, ce qui a causé du mécontentement et soulevé des inquiétudes quant à une possible frustration au sein de la population. Rufin Godjo, expert en processus électoral, soulève la question des craintes liées à cette situation : "La tension est palpable, et beaucoup se sentent sans voix dans cette élection."
À l'horizon de 2033, avec la réforme constitutionnelle, les Béninois n'auront pas l'occasion de voter avant plusieurs années. La prochaine présidence sera jugée sur son engagement envers les libertés publiques, surtout après le mandat de Talon, qui a pris un tournant jugé autoritaire par certains. L'avenir du pays dépendra aussi de la manière dont Wadagni abordera les opposants politiques : des promesses d'amnistie par Hounkpè suscitent un débat ardent.
Le nouveau président héritera d'une économie ayant doublé son PIB, avec une croissance dépassant les 6 %, tout en ayant modifié des infrastructures et stimulé le secteur touristique. Toutefois, de nombreux Béninois estiment que le développement ne les inclut pas, une critique que Hounkpè tente d'exploiter avec des promesses de réduction des prix.
Le défi sécuritaire est également primordial alors que le nord du pays lutte contre des attaques fréquentes. Si Wadagni accède au pouvoir, il pourrait s'appuyer sur une armée loyale, essentielle après une tentative de coup d'État avortée contre Talon.







