En raison du manque de soutien du président américain Donald Trump, le Royaume-Uni a décidé de mettre en attente son projet de restitution de l'archipel des Chagos à l'île Maurice, a annoncé un porte-parole de Downing Street samedi. Cette décision constitue un revers important pour le processus de décolonisation de cette zone.
Depuis plus de 60 ans, les Chagos subissent un drame humain. Dhananjay Ramful, le ministre mauricien des Affaires étrangères, a réagi fermement, promettant de ne ménager « aucun effort » pour « achever le processus de décolonisation dans cette partie de l’océan Indien ».
L'accord de restitution, signé en mai 2025 après des négociations ardues, est devenu un point de friction dans la « relation spéciale » entre Londres et Washington. Selon divers médias, comme la BBC, le plan connaît un ralentissement en raison de l'absence de soutien américain et d'un blocage parlementaire.
Pour que l'accord entre en vigueur, il doit être adopté avant la clôture de la session parlementaire en mai. Les deux chambres doivent valider le projet de loi, et les textes souvent abandonnés en fin de session compliquent la situation.
Conformément à l'accord, le Royaume-Uni envisagerait de restituer à Maurice l'archipel tout en gardant un bail de 99 ans sur l'île principale, Diego Garcia, pour maintenir une base militaire anglo-américaine dans cette région stratégique. Cela impliquerait un paiement annuel de 101 millions de livres (environ 120 millions d'euros), soit un total prévisible de 3,4 milliards de livres.
Dans un communiqué, Downing Street a exprimé sa conviction que cet accord est la meilleure façon de garantir l'avenir de la base militaire à Diego Garcia. Cependant, les autorités britanniques insistent sur le fait que le projet ne pourra avancer qu'avec le soutien des États-Unis.
L’accord face à des incertitudes
Initialement en faveur de l'accord, Trump a rapidement changé de ton, le qualifiant en janvier de « grande stupidité » de la part de Londres, concluant que cet accord a été formé sans « aucune raison ». La base de Diego Garcia, un actif stratégique, a été essentielle pendant les guerres US en Irak et Afghanistan, ainsi que pour des missions au Yémen.
Un porte-parole de Downing Street a réitéré que la sécurisation de la base est l'objectif principal de l'accord. Toutefois, des experts tels que Simon McDonald, ancien haut fonctionnaire du Foreign Office, estiment que « lorsque le président des États-Unis est ouvertement hostile, le gouvernement doit revoir sa position », induisant ainsi un sommeil prolongé pour cet accord.
Des réactions ont émergé au Royaume-Uni : la cheffe de l'opposition conservatrice, Kemi Badenoch, a salué cette suspension, déclarant qu'elle devrait trouver sa place « sur le tas de cendres de l'histoire ». Pendant ce temps, Keir Starmer avait précédemment soutenu l'accord, affirmant qu'aucune « autre alternative » ne se présentait. Du côté de l'île Maurice, le Premier ministre Navin Ramgoolam a vu cela comme une « grande victoire », indiquant que l'île est sur le point d'achever un long processus de décolonisation commencé en 1968.
Rappelons que le Royaume-Uni a conservé les îles Chagos lorsqu'il a accordé l'indépendance à Maurice en 1968. En 2019, l'Assemblée générale des Nations unies avait exigé que le Royaume-Uni restitue ces îles à Maurice dans un délai de six mois, suite à une décision similaire de la Cour internationale de justice.







