Dans les profondeurs d'Erevan, des patients souffrant d'asthme s'acheminent vers une clinique unique dédiée à la thérapie par le sel. Malgré son importance historique, cet établissement, logé sous une ancienne mine de sel, se trouve en danger à cause de la réduction de ses financements publics, qui a eu lieu il y a sept ans lors de la mise en place d'un nouveau système d'assurance maladie en Arménie.
Appelée halothérapie ou spéléothérapie, cette méthode remonte à l'ère soviétique et est reconnue dans plusieurs pays de l'ex-bloc communiste. Les patients y passent de nombreuses heures à inhaler un air pur, riche en minéraux, dans le but de soulager divers problèmes respiratoires. Cependant, bien que des témoignages évoquent des améliorations, la communauté scientifique reste divisée sur l'efficacité de ces traitements, appelant à davantage d'études.
Sous la mine de sel d'Avan, Anouch Vosknian, médecin et guide au centre, décrit l'environnement salubre qui contribue au bien-être des patients. Avant l'arrêt des financements en 2019, le nombre de bénéficiaires atteignait jusqu'à 350 par an, alors qu'il se limite aujourd'hui à une cinquantaine. Gourgen Hakobian, le directeur, a exprimé des inquiétudes face à la dégradation des infrastructures et à la difficulté de maintenir une équipe compétente.
L'échelle mondiale indique une tendance croissante à redécouvrir les médecines alternatives, souvent négligées par la médecine occidentale. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) plaide pour la réglementation de ces pratiques et l'intégration des thérapies dont l'efficacité est prouvée. Les fervents de la spéléothérapie soutiennent que l'environnement de la grotte, exempt d'allergènes et à température constante, peut véritablement apaiser les symptômes de l'asthme et des allergies.
Lamara Manoukian, présidente de l'Association arménienne de médecine interne, déplore le manque de recherches approfondies sur cette méthode, ne mentionnant que deux thèses sur le sujet depuis 1985. Elle affirme que la spéléothérapie pourrait agir en complément des traitements médicaux traditionnels.
Côté institutionnel, le ministère arménien de la Santé précise que l'arrêt du financement est en adéquation avec des priorités de santé plus larges, visant à combattre des affections graves comme le cancer. Une porte-parole, Mariam Tsatrian, justifie cette position en soulignant que les ressources doivent se concentrer sur les maladies à fort taux de mortalité et non sur les traitements alternatifs.
Pour les patients et les praticiens de la clinique, cette décision est un coup dur. Armen Stepanian, un ingénieur de 63 ans venant de Kemerovo, évoque son expérience personnelle : "Ici, j'ai ressenti une amélioration dès la première cure". M. Manoukian, quant à elle, considère que la clinique incarne une "tradition précieuse" de soins naturels en Arménie, comparable à d'autres sources de traitements tels que les stations thermales.
À l'heure actuelle, l'État, également actionnaire de la clinique, envisage de privatiser ses parts pour attirer des investissements permettant de préserver ce lieu ou d'envisager sa transformation en centre de recherche ou de tourisme médical.







