Le Centre national de la recherche scientifique, pilier de l'innovation française, se retrouve fragilisé à cause des économies imposées par le gouvernement depuis 2024, menaçant ainsi certains projets de recherche cruciaux.
Santé, environnement, sciences humaines... Des directeurs de laboratoires du CNRS, fleuron de la recherche en France, sont préoccupés par l'éventualité d'interrompre des projets scientifiques suite à une réduction inédite de leurs moyens financiers. « Il y a un climat d'inquiétude grandissant, » témoigne Fabrice Kordon, coprésident de l’Assemblée des directeurs de laboratoires, soulignant les retour inquiétants en provenance des chercheurs en sciences humaines et sociales.
Vincent Artero, également directeur de recherches, ajoute que cette année marque un tournant : « Pour la première fois, nous avons dû puiser dans nos réserves budgétaires pour financer nos activités habituelles, car les subventions d'État ne suffisent plus. À ce rythme, nous n'aurons plus de réserves d'ici la fin de l'année. »
Des charges non compensées de 500 millions d’euros
Bien que la subvention annuelle de l'État au CNRS reste stable à 2,9 milliards d’euros, les choses se compliquent en raison de charges impayées s'élevant à plus de 500 millions d'euros depuis octobre 2024. Dans un courrier du président-directeur général du CNRS, Antoine Petit, il est indiqué que le budget de 2026 sera déficitaire de 239 millions d'euros, indiquant « une reprise de subventions appliquées depuis 2024 ».
En pratique, l'État diminue le soutien d'un côté tout en maintenant sa promesse de financement de l'autre. Le cabinet du premier ministre a également demandé une réduction immédiate de 20 millions d'euros.
Le ministère de l’Enseignement supérieur admet l'existence de ces charges non compensées, mais les évalue à 120 millions d'euros sur la période 2024-2026, promettant de couvrir totalement certaines charges liées aux retraites et à la santé.
Des recherches stratégiques directement impactées
Les répercussions sont inquiétantes : les 20 millions d’euros d’économies de 2026 vont affecter l’investissement immobilier et les crédits de fonctionnement nécessaires aux activités de recherche. Des directeurs prévoient l'arrêt de certains projets à partir d'octobre, affirmant que les recherches les plus dépendantes des équipements sont les plus menacées, notamment des études sur des pneus plus économes en essence et des alternatives aux métaux dans les batteries, selon Matthieu Refregiers du Comité des directeurs de laboratoires CNRS d’Orléans.
Une situation sans issue
Le CNRS a reconnu qu'il avait réussi à gérer ses ressources jusqu'à présent mais se retrouve à présent dans une position difficile. La Cour des comptes avait auparavant attesté de sa solidité financière, mais la situation budgétaire actuelle rend difficile le maintien des moyens alloués aux laboratoires. Bruno Andreotti, de l’association Stand-Up for Science, souligne que ces mesures d’économies représentent une réduction de 3% des moyens annuels depuis 2024, incitant les laboratoires à rivaliser pour des financements, ce qui pourrait mener à un modèle de recherche à l’anglo-saxonne, favorisant certaines thématiques par rapport à d’autres en fonction de leur popularité. « C’est un peu comme chercher une clé perdue sous un réverbère, » conclut Kordon, dénonçant un manque de vision politique en matière de recherche.







