Le mystère plane sur la récente disparition de la croix du pic d'Aneto, culminant à plus de 3 400 mètres dans les Pyrénées. Cette croix, érigée en 1951, a été remarquée manquante par des guides de montagne et signalée à la mairie de Benasque. Le vol, manifestement orchestré avec soin, a nécessité l'utilisation d'un matériel spécialisé, comme une disqueuse, pour sectionner la base et les câbles de soutien de l'édifice. Une plainte a été déposée par la Garde civile pour procéder à une enquête sur ce délit. Chaque année, entre 15 000 et 20 000 personnes font l'ascension du sommet.
"Voler la croix du pic d'Aneto d'un seul tenant, cela semble impossible, à moins d'utiliser un hélicoptère," témoigne Vanessa Labayle, une secouriste en montagne pantoise par cet acte.
La croix, récemment restaurée par Miguel Ángel Plaza, a été réinstallée à l'été 2023, avec aides aériennes nécessaires pour son transport. Le défi de voler une structure de 3 mètres et 100 kilos sans éveiller les soupçons est difficile à cerner. Maxime Rodrigues, chef de l'unité de secours, partage son incompréhension : "Couper la base de la croix est une chose, mais transporter ce poids sur l'arête rocheuse demeure mystérieux." L'ascension est relativement accessible, mais le dernier tronçon peut être périlleux, notamment lors de la traversée du célèbre pont de Mahomet, décrit comme "plus fin qu'un cheveu" par Albert de Franqueville, pionnier de la montagne.
Les experts estiment que le vol a pu être réalisé de nuit, avec un dénommé complice. "Démonter la croix comme un puzzle avec une meuleuse portable, cela peut se faire", ajoute un guide de montagne du bureau de Luchon, Patrick Lagleize. "Il est aussi possible qu'elle ait été lancée dans le vide, mais cela reste à confirmer lors des recherches. Une enquête méticuleuse s'annonce, surtout avec des témoignages et des analyses de téléphones à examiner," précise-t-il.
Une nouvelle au-delà des frontières
L'affaire a suscité une vive réaction du maire de Benasque, Manuel Mora, qui a appelé au respect du patrimoine local. La disparition de la croix n'est pas la première attaque à l'encontre des symboles religieux dans la région. En 2018, la croix et la statue de la Vierge avaient été profanées, marquant une tendance croissante de vandalisme.
"Les croix n'ont rien à faire sur les sommets. Les églises existent pour cela", plaide une voix critique.
D'autres, cependant, défendent leur présence, argumentant que ces symboles offrent du réconfort et rappellent des moments de victoire pour les montagnards. La question se pose : doit-on continuer à ériger des symboles religieux dans des lieux de nature préservée ? Un dilemme qui pourrait avoir des conséquences durables sur la perception de la montagne comme espace de partage et de liberté.
Florian Jacqueminet, auteur et chercheur, observe : "Cette croix pourrait subir d'autres dégradations si elle est réinstallée. Plus qu'un symbole religieux, c'est aussi un symbole politique dans le contexte actuel de tensions régionales." Une vision qui résonne parmi ceux qui ont déjà lutté pour la protection de ces emblèmes contre la profanation.







