Longtemps considéré comme essentiel pour l’agriculture, le labour est actuellement au cœur de débats. Bien que réduire ou abandonner cette pratique puisse sembler avantageux pour la structure des sols, la biodiversité et même le climat, les certitudes entourant ces bénéfices sont à nuancer. Une équipe d'agronomes s'interroge sur ces questions cruciales.
Historiquement, les termes laboureur et paysan ont été pratiquement synonymes, l’un des fondements de l’agriculture résidant dans le travail de la terre. Le labour, effectué à l’aide de charrues traditionnelles, était la méthode centrale pour produire des récoltes au fil des siècles.
Cependant, que signifie exactement travail du sol ? Ce terme englobe plusieurs interventions mécaniques destinées à préparer ou maintenir les champs, incluant labour, déchaumage, hersage et binage.
Ces pratiques ont plusieurs fonctions agronomiques : aérer le sol, favoriser l'infiltration de l'eau, préparer un lit de semences adéquat, éliminer les mauvaises herbes et encourager la décomposition de résidus végétaux.
La remise en question du labour
Ces dernières décennies, le travail du sol fait l’objet de critiques pour ses effets néfastes. Un travail intensif peut endommager la structure des sols, intensifier l’érosion et nuire à la biodiversité, tout en provoquant une augmentation des émissions de carbone dans l’atmosphère.
Des méthodes telles que l'agriculture de conservation, qui préconise la réduction ou l’abandon du labour, ont émergé. Par exemple, le semis direct consiste à déposer les graines sur un sol peu ou pas travaillé, préservant ainsi certains bénéfices environnementaux.
Cependant, opposer le travail du sol à la préservation du climat mérite une réflexion approfondie, les impacts de ces méthodes variant selon les circonstances agricoles et les objectifs visés.
D’après une étude récente publiée dans Communications Earth & Environment, la recherche a analysé des décennies d'expérimentations à l'échelle mondiale. Les résultats soulignent que, malgré les attentes, les avantages climatiques du non-travail du sol sont parfois moins évidents que présumés.
Le non-labour et l'utilisation accrue d'herbicides
Il est important de noter que les systèmes s’éloignant du labour s’appuient souvent sur les herbicides pour contrôler les mauvaises herbes, un phénomène observé en Europe, aux États-Unis et au Canada. Le labour peut, au contraire, jouer un rôle clé en limitant les besoins en pesticides.
Ainsi, des recherches, comme celles menées dans des essais agroécologiques à Dijon, ont montré que des systèmes occasionnellement labourés préservent mieux leur rendement sans recourir à des pesticides, contrairement à des systèmes entièrement non labourés.
Ces résultats ne plaident pas pour un retour généralisé au labour, mais plutôt pour une approche équilibrée où le travail du sol est utilisé de manière stratégique, selon les besoins spécifiques.
Stockage du carbone : Au-delà du labour
Une autre conclusion de l'étude concerne la capacité du non-labour à favoriser le stockage du carbone. Elle illustre que, même sans labour, le carbone organique peut s'accumuler dans les sols en raison de la décomposition des résidus végétaux laissés en surface.
En France, une étude réalisée par Arvalis a montré qu'après 47 ans d'expérimentation, les niveaux de carbone n'étaient pas significativement différents entre le labour et les autres systèmes, car la quantité de biomasse apportée au sol joue un rôle crucial.
Il est donc clair que des pratiques agricoles diversifiées, incluant des couverts végétaux et une rotation appropriée, sont essentiels pour optimiser le contenu en carbone des sols.
Protoxyde d’azote : un gaz à effet de serre négligé
Prenons également en compte les émissions de protoxyde d'azote (N2O), un gaz à effet de serre potentiellement plus nuisible que le CO2. Les systèmes sans labour peuvent parfois favoriser ces émissions en créant des conditions lentes dans les sols mal aérés, particulièrement dans les sols argileux. Ces nuances doivent être prises en compte dans les débats autour des méthodes de culture.
Une approche nuancée
Le débat sur le travail du sol demande davantage qu’un choix binaire entre pour ou contre. Il nécessite une compréhension des interactions complexes entre le climat, le sol, les cultures et les pratiques agricoles. Dans certains cas, une réduction du travail du sol pourrait être efficace, mais dans d’autres, une intervention contrôlée se révèle bénéfique pour l’environnement et la productivité.
Au final, il s'agit de combiner des pratiques innovantes, adaptées aux contextes locaux, tout en favorisant biodiversité et santé des sols, plutôt que d'imposer des interdictions. La transition vers des systèmes agricoles agroécologiques sera d'une grande complexité, mais elle reste essentielle pour l'avenir de la production alimentaire durable.







