Dans un entretien accordé à l'AFP, Laure Beccuau, procureure de Paris, a exprimé ses inquiétudes face à l’émergence de comportements mafieux sur le territoire. Selon elle, bien que la France ne soit pas soumise au phénomène mafieux traditionnel, des indicateurs alarmants émergent.
Après l'instauration du Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) en janvier, qui gère les affaires les plus complexes, le parquet de Paris continue de se mobiliser pour combattre la criminalité organisée, notamment en Île-de-France. Beccuau a déclaré : "Nous faisons face à des clignotants, notamment des actes de violence révélateurs d'une pensée mafieuse."
Question : Craignez-vous la montée de phénomènes mafieux ?
Réponse : "Nous n'avons pas encore de structures mafieuses françaises comparables aux mafias italiennes, mais la pensée mafieuse se fait sentir. L'assassinat de Mehdi Kessaci, par exemple, souligne cette tension. C'est un signe inquiétant de l’évolution des rapports sociaux dans certaines zones. Une fois que la mafia s'implante, elle devient une référence inéluctable pour beaucoup d'habitants, qui la considèrent comme un recours pour l'emploi et la sécurité, formant ainsi une contre-société."
Q : Où en sommes-nous ?
R : Bien que nous ne soyons pas à un stade critique, il existe des indicateurs. Nous avons observé des cas où des trafiquants de drogue se substituent aux autorités en matière de soutien social, de l'aide aux personnes âgées à la fourniture d'emplois. Ce phénomène s'est déjà manifesté dans des régions telles que la Seine-Saint-Denis. L'introduction d'une nouvelle loi en 2025 permet de condamner la participation à des organisations criminelles, renforçant notre arsenal législatif pour freiner l'expansion de telles entités.
Q : Quelles actions allez-vous entreprendre ?
R : Je prévois de rencontrer les magistrats et les enquêteurs dans les juridictions de Paris pour échanger sur leurs observations et les inciter à intensifier leurs efforts de renseignement. La sensibilisation sur le terrain est cruciale pour établir un lien de confiance avec les citoyens, afin de remonter les informations nécessaires à une lutte efficace contre le crime organisé.
Désormais, avec le Pnaco, la gestion des dossiers complexes est centralisée. Cependant, la véritable lutte contre la criminalité organisée reste ancrée dans le milieu local, car c'est là que l'information peut circuler et que les habitants peuvent être rassurés. Mes priorités incluent non seulement la saisie de produits illicites, mais aussi entraver les circuits de distribution et leur réinsertion dans l'économie légale, afin de réduire l'influence des réseaux criminels.







