En Russie, plusieurs veuves de soldats engagés en Ukraine sont confrontées à un dilemme émotionnel et légal. Des cliniques viennent de refuser aux femmes l'accès au sperme ou aux embryons congelés de leurs partenaires décédés, en raison d'une législation inexistante qui crée un vide juridique. Selon le média indépendant Verstka, ces femmes mènent un combat acharné pour obtenir justice.

Après la mort de son mari, Valeria a reçu un message alarmant d'une clinique informant qu'elle s'apprêtait à détruire le sperme conservé de son époux. "Ma première réaction a été une crise d'hystérie, c'est la dernière chose qui me relie à lui", a-t-elle confié à Verstka. Elle a décidé de saisir la justice, mais après un an de procédures, la situation semble inextricable malgré un consentement signé par son mari.

De la même manière, d'autres épouses de militaires russes se lancent dans des recours juridiques, aspirant à concevoir un enfant grâce au matériel génétique laissé par leurs conjoints avant d'aller au combat. Selon Verstka, au moins huit régions russes connaissent une montée de ces demandes en seulement deux ans.

"Comment peut-il être présent alors qu'il est porté disparu ?" s'indigne une femme de Samara, dont le compagnon avait congelé son sperme juste avant son départ. "Je passe mes journées à le chercher, c'est ma dernière chance d'avoir un enfant."

La législation actuelle pose cependant un obstacle de taille. Pour initier une fécondation in vitro (FIV), les deux parents doivent donner leur accord à plusieurs étapes, mais aucun texte ne précise ce qui se passe en cas de décès ou de disparition de l'homme après le dépôt du matériel génétique. "Qui va aller obtenir des signatures sur le front ?" s’épanche Natalia, dont le mari est toujours engagé, après avoir essuyé le refus d’une clinique moscovite.

Une loi attendue

À manque d'une règle claire, les tribunaux rendent des décisions au cas par cas. À Saratov, une veuve a vu son transfert d’embryon refusé, tandis qu’à Oufa, un juge a décidé que le militaire, en faisant congeler son sperme, avait nécessairement anticipé des conséquences tragiques.

Le cas le plus marquant est celui de Maria Sokolova, dont le compagnon a péri dans la région de Louhansk. Bien qu’ils n’étaient pas mariés, la justice lui a permis d'utiliser le matériel génétique, la plaçant potentiellement dans l’histoire comme la première femme à être tombée enceinte suite à un tel procès. Selon des sources locales, "près de cent échantillons de sperme de soldats sont conservés dans un institut d’Ékaterinbourg".

Des questions demeurent également sur le statut des enfants nés plus de trois cents jours après la mort de leur père, qui doivent prouver leur filiation pour obtenir des pensions de réversion.

Face à cette situation, la Douma russe cherche à introduire des modifications législatives. Un projet de loi, adopté en première lecture, propose une FIV gratuite pour les veuves de soldats, à condition qu'elles ne se soient pas remariées, et d'établir des règles claires concernant la paternité posthume, si un accord a été notarié. Cette nouvelle législation pourrait entrer en vigueur dès le 1er décembre.

Dans l’intervalle, le coût des traitements peut s'avérer prohibitif. Selon Verstka, certaines femmes rapportent avoir dépensé jusqu’à 747 000 roubles (environ 8 300 euros) pour deux tentatives de FIV, ce qui est un fardeau financier que beaucoup ne peuvent se permettre. Une autre femme a même partagé que son mari s’était engagé pour pouvoir couvrir les frais de ce traitement.