La cour d'appel de Paris a ouvert ce mardi une audience capitale pour l'avenir de Marine Le Pen, suspendue à la décision concernant une affaire de détournement de fonds européens, marquant un moment charnière dans sa carrière politique.
Arrivée dans une salle d'audience étouffante sous la chaleur parisienne, Marine Le Pen, vêtue d'une veste rose pâle et d'un pantalon noir, a exprimé son soutien à ses proches, dont les députés Jean-Philippe Tanguy et Laure Lavallette, en les remerciant de leur présence.
Bien plus qu'une simple condamnation, c'est la durée d'une éventuelle inéligibilité qui préoccupe, car si une sentence de plus de deux ans est prononcée, sa campagne pour l'élection présidentielle de 2027 pourrait s'achever avant même de démarrer. Cela ouvrirait la voie à Jordan Bardella pour prendre les rênes du Rassemblement national, une première dans l'histoire récente de la politique française où la justice empêcherait un candidat de se porter à l'élection.
Ayant subi deux défaites consécutives lors des élections présidentielles de 2017 et 2022, Marine Le Pen avait récemment gagné en popularité dans les sondages, soutenue par une stratégie de "dédiabolisation" de l'extrême droite qu'elle a mise en place depuis son accession à la tête du mouvement il y a 15 ans. Cependant, cet élan est susceptible d'être freiné par le verdict qui se profile contre elle et plusieurs co-prévenus.
« Quoi qu'il arrive, nous continuerons à lutter et à nous battre jusqu'à la victoire », avait-elle déclaré samedi à Liévin, aux côtés de Bardella. Après avoir été condamnée en première instance à une inéligibilité de cinq ans pour détournement de fonds publics, son avenir politique est à nouveau en jeu.
En cas de confirmation de cette peine, Marine Le Pen devrait céder sa place à Bardella, 30 ans, qui pourrait se positionner en tête de liste pour la présidentielle de 2027. Si la cour la juge coupable, les minutes d'attente jusqu'à l'annonce de la peine risquent d'être longues, puisque le verdict pourrait être rendu à la fin des délibérés.
Une inéligibilité réduite à deux ans ou moins lui permettrait encore de se présenter si elle n'est pas sous bracelet électronique, ce qu'elle a déjà rejeté. En première instance, elle avait écopé d'une peine de quatre ans de prison, dont deux sous surveillance électronique.
Les magistrats de la cour d'appel ont passé près de cinq mois à examiner si Marine Le Pen avait effectivement détourné des fonds en embauchant des assistants dont les activités bénéficiaient uniquement à son parti. Cette structure, mise en place entre 2004 et 2016, a été désignée comme un "système" dans le jugement précédent.
Le tribunal avait alors établi un préjudice de 3,2 millions d'euros au Parlement, déduction faite des sommes déjà remboursées. Les débats ont mis en lumière le manque de preuves de l'exécution de tâches concrètes par ces assistants.
La question sur la nature "systémique" de ce comportement a également été soulevée. Marine Le Pen a affirmé sa "bonne foi" tout au long de son procès, tandis que l'accusation évoquait une organisation ayant évolué d'une phase artisanale à un modèle plus professionnalisé sous sa direction.
En conclusion de leurs réquisitions, les procureurs avaient préconisé une peine de cinq ans d'inéligibilité et quatre ans d'emprisonnement, dont trois avec sursis, la partie ferme étant amenable à aménagement sous bracelet électronique, alors que la décision finale est attendue avec impatience par tous.







