Dans les Bouches-du-Rhône, les artisans du bâtiment se trouvent confrontés à un véritable casse-tête : le recyclage de leurs déchets de chantier est au bord de l'asphyxie. La Confédération de l'Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (Capeb) déplore l'inefficacité du dispositif Valobat, censé faciliter le retour gratuit des déchets à des points de collecte en échange d'une écotaxe.
Initialement, ce système, mis en place au début de 2023, avait pour but de simplifier le recyclage des déchets divers comme le PVC, le métal ou le plâtre. Les professionnels étaient priés de trier leurs déchets et de financer ce dispositif par une éco-taxe, tandis que la collecte était gérée par les industriels. Cependant, ce mécanisme s'est vite révélé défaillant.
Patricia Blanchet-Bhang, présidente de la Capeb des Bouches-du-Rhône, a exprimé son exaspération : "La collecte, prise en charge par les industriels, est mal organisée. Les bennes sont régulièrement débordées et les règles d’accès aux déchèteries changent sans cesse, rendant le recyclage presque impossible. Nous nous retrouvons obligés de stocker nos déchets chez nous ou de payer pour des déchèteries privées. On paie deux fois et on se sent pris pour des vaches à lait." Ces propos sont corroborés par de nombreux artisans qui, comme Philippe, un spécialiste des fenêtres à Chateauneuf-les-Martigues, se disent désespérés. "Je ne peux même plus recycler mes fenêtres. Les pointes de déchets s'accumulent devant mon atelier, et les bennes sont souvent pleines", confie-t-il.
La situation est telle qu'une partie des artisans n'hésite pas à recourir à des bennes privées, ce qui peut engendrer des coûts allant jusqu'à 1200 euros pour le transport des déchets vers une déchèterie. "Nous avons grevé nos marges au fil des années, et ces coûts deviennent insupportables", souligne l'un d'eux.
Au-delà des enjeux financiers, ce panic écologique a conduit à l'apparition de dépôts sauvages. De nombreux artisans se sentent contraints de se débarrasser de leurs déchets devant les magasins de matériaux. À Chateauneuf-les-Martigues, Renaud, un professionnel du secteur, remarque que ces dépôts se multiplient : "C'est un véritable fléau ; dès qu'un magasin de matériaux est en vue, vous pouvez être certain que les déchets s'accumulent."
Ce phénomène pourrait s'intensifier, alors même que le ministre de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, envisage de supprimer complètement le dispositif Valobat. Un coup dur pour les artisans qui prévoient une augmentation des dépôts sauvages sur le territoire. Philippe conclut avec amertume : "Si ce dispositif disparaît, nous allons droit vers un désastre écologique. Faudra-t-il vraiment en arriver là ?"







