La droite grenobloise n'a pas dit son dernier mot face à sa défaite des élections municipales. La liste "Réconcilier Grenoble", dirigée par Alain Carignon et Clément Chappet, a annoncé ce lundi 30 mars avoir saisi le tribunal administratif de Grenoble pour demander l'annulation du second tour, remporté par Laurence Ruffin. Ce recours repose sur une série d'irrégularités alléguées, telles que des insultes proférées contre les candidats de la droite et une propagande apocalyptique diffusée après la fin officielle de la campagne.
Selon l'avocat Bernard Boulloud, qui défend la cause de la droite, ce recours n'est pas à prendre à la légère. "Ce n'est pas un coup de trique dans l'eau. Nous avons des éléments solides", soutient-il. Bien que l'écart de plus de 6000 voix entre les deux candidats soit significatif, "l'écart de voix n'est qu'un des critères pris en compte, rien n'est acquis", précise-t-il.
Une campagne marquée par le ressentiment
La droite grenobloise évoque dans son dossier plusieurs pièces, dont des tracts et des vidéos jugées mensongères, ainsi que des insultes répétées propagées sur les réseaux sociaux. Selon l'avocat, "Alain Carignon et ses colistiers ont été qualifiés de racistes, islamophobes et sexistes" dans un cadre qu'il qualifie de "harcèlement de meute". Ce climat aurait, selon lui, impacté le vote, entraînant une augmentation des bulletins blancs et nuls au second tour.
Pour Bernard Boulloud, le rappel constant de la condamnation d'Alain Carignon en 1995 pour corruption constitue également une forme de harcèlement. Bien que Carignon ait été réhabilité depuis 2010, l'avocat soutient que ce passé est utilisé pour ternir sa réputation et influencer le scrutin. "Tout citoyen condamné depuis longtemps a le droit à l'oubli", soutient-il.
La gauche mise sous pression
Les tensions ont été exacerbées par la manifestation contre le racisme, qui a eu lieu un jour avant le second tour. L’avocat affirme que cet événement a été utilisé par la gauche pour mobiliser un électorat potentiellement abstentionniste. En outre, il allègue que des propagandes électorales ont continué à être diffusées après la date limite, ciblant notamment des électeurs musulmans pendant la fête de l’Aïd El Fitr.
Les délais d'attente pour le tribunal pourraient atteindre deux à trois mois, mais le groupe de droite est prêt à se préparer à de nouvelles élections. Clément Chappet, qui a succédé à Carignon à la tête de la liste, a affirmé que la situation actuelle a renforcé les liens au sein de leur équipe. "Si une nouvelle élection devait avoir lieu, nous serions sur le pied de guerre pour y participer", a-t-il affirmé.
Bien que les chances d'annulation puissent sembler minces, l’histoire des élections à Grenoble montre que rien n’est impossible. En 2014 et 2020, le tribunal de Grenoble avait déjà annulé les élections municipales à Annemasse pour des motifs similaires.







