Alors que les tensions géopolitiques s'intensifient et que le réchauffement climatique atteint +1,4 °C d'origine humaine, le Haut Conseil pour le climat (HCC) alerte sur la gouvernance climatique de la France. En dépit d'une réduction de 22 % des émissions de gaz à effet de serre depuis 2015, les efforts restent entravés par la précarité économique et des politiques jugées incomplètes.
Un contexte géopolitique tendu
Le HCC rappelle que depuis 1956, treize conflits majeurs ont été liés au contrôle des ressources fossiles. En conséquence, les budgets militaires mondiaux ont augmenté de 66 % entre 2020 et 2026, particulièrement en raison des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. Cette instabilité engendre une précarité énergétique croissante, l'endettement des États et retarde la transition énergétique.
La crise du détroit d'Ormuz a exacerbé la flambée des prix des carburants, affectant le pouvoir d'achat des ménages, en particulier ceux à faibles revenus. Le rapport met en évidence trois précarités exacerbées par cette dépendance aux énergies fossiles :
- Précarité mobilité : 15 millions de personnes éprouvent des difficultés à se déplacer librement.
- Précarité alimentaire : le pourcentage de la population ayant un accès insuffisant à une alimentation de qualité est passé de 9 % en 2016 à 12 % en 2024.
- Précarité énergétique : bien que stable à 10,8 %, 1,2 million de ménages ont subi des coupures d'énergie en 2024.
Selon le HCC, l'incapacité d'une partie de la population à accéder à des solutions de transition durable, comme la rénovation énergétique et les transports décarbonés, constitue un frein majeur à l'adoption des politiques climatiques.
Des émissions françaises de CO2 en baisse, mais insuffisamment rapides
Bien que les émissions de CO2 aient enregistré une diminution de 22 % entre 2015 et 2025, ce recul est principalement le résultat de facteurs technologiques, plutôt que d'engagements sur la sobriété. En effet, la France a émis 359 millions de tonnes eqCO2 en 2025, soit 7,6 millions de tonnes de moins qu'en 2024, mais ce rythme ralentit.
Une gouvernance climatique qui s'affaiblit
Le rapport souligne que cette baisse n'est en grande partie pas le résultat de politiques structurelles robustes. Des reculs notables, tels que les attaques contre la politique de zéro artificialisation nette (ZAN) et la fragilisation des zones à faibles émissions (ZFE), sont préoccupants. Le gouvernement affirme suivre 74 recommandations pour 2025, mais le HCC estime que plus de la moitié de ces conseils restent insuffisamment pris en compte.
82 nouvelles recommandations pour un avenir durable
Face à ce constat, le HCC propose 82 nouvelles recommandations, dont des mesures concrètes pour aider les ménages. Parmi elles, l'obligation d'un critère de "confort d'été" dans les diagnostics de performance énergétique (DPE) et la création de mécanismes de financement dédiés à la rénovation énergétique pour les copropriétés.
Le message du HCC est clair : des actions concrètes doivent être mises en œuvre rapidement, et les diagnostics sont posés. Leur application nécessite un changement d'échelle des moyens d'ici la fin de la décennie.







