Alors que les relations entre Washington et le régime biélorusse semblent s'améliorer, Alexandre Loukachenko, le président biélorusse, s'avance comme un potentiel artisan de la paix dans le conflit ukrainien, analysent les journalistes de "The Times" à Londres. Toutefois, cela soulève une question : que souhaite réellement atteindre Moscou à travers cette diplomatie ?
À première vue, Loukachenko et Donald Trump partagent des caractéristiques frappantes : tous deux sont grands, sans détour et peu enclins à la défense des droits fondamentaux. Leur possible rencontre suscite l'intérêt, et certains observateurs espèrent que ces deux figures politiques pourraient bientôt croiser leurs chemins.
Dans une récente interview à la télévision russe, Loukachenko a exprimé son désir de rencontrer Trump dès qu’un “véritable accord” sera prêt. “Nous serons prêts à signer cet accord dès que ce travail sera finalisé à un niveau inférieur”, a-t-il déclaré, tout en renforçant son image d'homme fort sur la scène internationale, malgré son bilan contesté en matière de droits humains depuis 1994.
Une telle rencontre pourrait également agacer Vladimir Poutine, qui n'apprécierait guère un rapprochement entre Minsk et Washington. Loukachenko a d'ailleurs affirmé que les sanctions occidentales n'avaient pas intimidé la Biélorussie : “Les prisonniers politiques et les sanctions... ce sont des futilités. Nous avons des problèmes bien plus sérieux à résoudre.”
Un possible intermédiaire
Pour Loukachenko, qui n'a jamais rencontré un président américain, cette évolution diplomatique serait inédite. Pendant de nombreuses années, il a été perçu comme un paria, voire un allié involontaire de Moscou, surtout après avoir autorisé l'utilisation de son territoire pour l'invasion de l'Ukraine. Pourtant, un changement semble à l'horizon, comme l'a souligné Volodymyr Zelensky, qui a averti récemment que la Russie envisageait de réutiliser la Biélorussie comme plateforme d'attaque contre l'Ukraine.
L'ambiance entre Washington et Minsk a commencé à évoluer l'année dernière, lorsque l'administration Trump a rapproché Loukachenko, le voyant comme un intermédiaire potentiel avec Poutine. Par exemple, en décembre, 123 prisonniers politiques ont été libérés, dont le Prix Nobel de la paix Ales Bialiatski.
Une diplomatie inattendue
Les États-Unis ont également assoupli certaines sanctions contre des entreprises biélorusses, indiquant une volonté de dialogue. Ce dégel a été facilité par John Coale, émissaire de Trump, qui a engagé des discussions autour de dîners partagés avec Loukachenko. Coale a déclaré que cet échange informel a permis d'établir des liens plus personnels.
Loukachenko cherche à éviter l'isolement et désire faire preuve de flexibilité afin de diminuer la dépendance de la Biélorussie à l’égard de Moscou. Selon Maria Kolesnikova, figure de l'opposition, un dialogue pourrait éloigner Loukachenko du Kremlin, malgré les doutes exprimés par d'autres opposants comme Svetlana Tikhanovskaïa.
Une stratégie calculée
D'après Artyom Shraibman du Carnegie Russia Eurasia Center, Loukachenko pourrait se présenter comme “un interlocuteur utile avec la Russie” pour Washington. Ce rapprochement pourrait également exacerber les tensions entre les États-Unis et l'Union européenne, qui maintient des sanctions strictes contre la Biélorussie.
Alors que Loukachenko poursuit ce rapprochement, il sait que le temps presse. Avant les élections législatives de novembre, il s'efforce de tirer profit d'un éventuel renforcement des liens avec l'administration Trump. Les prochains mois pourraient donc avoir un impact significatif sur les relations internationales, mais aussi sur la dynamique intérieure en Biélorussie.







