L'écrivain franco-algérien Kamel Daoud a été condamné à trois ans de prison ferme et à une amende de cinq millions de dinars algériens pour son roman "Houris", récemment couronné du prix Goncourt 2024. Annoncé le 22 avril, ce verdict a surpris et choqué de nombreux observateurs dans le pays.
"C'est un fait sans précédent dans l'histoire algérienne : le jugement du procès qui s'est tenu le 7 avril 2026 est tombé le 21 avril. Je suis condamné à trois ans de prison et à une amende de cinq millions de dinars, en vertu de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale", a déclaré Daoud sur les réseaux sociaux.
Ce cas a débuté en novembre 2024, quand un tribunal algérien a admis une plainte contre Daoud et son épouse psychiatre, en raison de l'utilisation d'une histoire tirée de l'expérience d'une patiente pour écrire son roman.
Une œuvre controversée
"Houris", qui fait référence aux jeunes filles promises au paradis dans la tradition musulmane, décrit de manière limpide le sort d'Aube, une jeune femme muette après une agression violente en décembre 1999, alors que l'Algérie traversait les turbulences de la décennie noire. Ce roman dépeint non seulement les conséquences tragiques de cette période, mais interpelle aussi sur la mémoire collective du pays.
Désormais interdit en Algérie, "Houris" ne peut plus être publié en raison d'une loi qui restreint toute œuvre abordant la décennie noire, une période ayant causé au moins 200 000 morts, selon les chiffres offiels. Malheureusement, Kamel Daoud fait face à deux mandats d'arrêt internationaux émis par l'Algérie en mai 2025.
Les craintes pour la liberté d'expression sont quant à elles exacerbées par cette décision judiciaire. Pierre Piccinin, expert en droits humains en Algérie, estime que "cette condamnation ne fait qu'illustrer l'angoisse des autorités vis-à-vis d'une voix qui interpelle le passé et les douleurs qui en découlent". Dans un tel contexte, la question de la liberté d'expression revêt un poids nouveau dans le paysage littéraire algérien.







