Qui sont ces hommes ? Quel impact leur discours exerce-t-il sur la jeunesse ? Quelles actions entreprendre pour les contrer ? Depuis novembre, la délégation aux droits des femmes du Sénat examine les mouvements masculinistes, une démarche inédite. Dominique Vérien, présidente de cette délégation, insiste sur le fait qu'il est « plus que temps de tirer la sonnette d’alarme » concernant cette tendance misogyne en pleine expansion.
De quoi parle-t-on ?
Ces mouvements, bien qu'ils existent depuis les années 1980 en réponse au féminisme, se « recomposent aujourd’hui et connaissent un regain », constate Laura Verquere, chercheuse spécialisée dans les masculinités. Leur discours s'articule autour du « mythe de l’égalité déjà là », qui prétend que les revendications féministes sont désormais périmées, ajoutant que « la théorie de l’effet pervers » renforce l'idée selon laquelle le féminisme aurait abouti à une « guerre des sexes ».
Les vecteurs
Ces groupes, unis dans ce qu'on appelle une « manosphère », sont extrêmement actifs sur Internet et profitent d'algorithmes qui favorisent la large diffusion de contenus dégradants. Au-delà des frontières numériques, les discours s'accompagnent de menaces tangibles : comme l’a indiqué Sarah Durocher, présidente du Planning familial, un masculiniste a récemment proféré des menaces d'attentat contre l'une de leurs antennes.
La Fédération nationale Solidarité Femmes (FSF) a également signalé des tentatives de saturation du 3919, leur ligne d’écoute pour les femmes victimes de violences conjugales.
Quels moyens financiers ?
Le masculinisme est devenu « un commerce florissant », mettant en avant le mal-être des jeunes hommes. Pierre Gault, réalisateur du documentaire « Mascus, les hommes qui détestent les femmes », souligne que « ces jeunes se laissent emporter par des formations présentées comme des solutions à leurs maux », mais qui peuvent s’avérer destructrices.
En plus des revenus générés par ces activités, certains influenceurs tirent parti de « fonds privés étrangers liés à des courants politiques conservateurs », comme le rapporte Bérangère Couillard, présidente du Haut Conseil à l'Égalité (HCE).
Quelle régulation ?
La régulation des contenus sexistes et masculinistes s'avère délicate, marquée par une « zone grise » difficile à naviguer. Laurence Pécaut-Rivolier, membre de l'Arcom, indique que « certains contenus peuvent sembler non illicites hors contexte, mais deviennent problématiques selon la situation ». De plus, les géants de la tech sont en proie à des conflits d'intérêts, car la modération des contenus pourrait freiner leur rentabilité économique, selon Pauline Ferrari, auteure de « Formés à la haine des femmes ».
Quels impacts ?
Les dommages causés par ces discours commencent à se faire sentir, notamment en matière de désinformation. Hélène Roger, de Sidaction, note que des jeunes croient par exemple que « s’ils ne font pas l’amour, ils auront plus de testostérone et deviendront plus forts ». Yseline Fourtic-Dutarde, cofondatrice du collectif Ensemble contre le sexisme, observe une évolution vers un « discours misogyne assumé, qui prône un retour à des valeurs réactionnaires ».
Quels leviers d’action ?
Les spécialistes s'accordent à dire que la réponse consiste à promouvoir l'éducation à la vie affective et sexuelle au sein des établissements scolaires. L'engagement des hommes dans la lutte contre le sexisme a également été souligné, Bruno Solo appelant à un « devoir » d'engagement. Le sociologue Tristan Renard a également proposé d'encourager des pratiques mixtes à l'école et d'aborder les « boys-clubs », groupes exclusivement masculins, pour lutter contre ce phénomène.







