L'essentiel
- Depuis les manifestations réprimées à la fin de décembre en Iran, la diaspora iranienne en France est plongée dans une angoisse palpable.
- La distance n'atténue pas la souffrance liée à l'incertitude concernant le sort de leurs proches encore en Iran, face à un régime oppresseur.
- D'après NetBlocks, l'ONG de cybersécurité, la coupure d'Internet en Iran dure déjà quarante-cinq jours, accentuant les craintes.
«Je scanne les nouvelles en continu. C'est une combinaison de tristesse et d'un brin d'espoir… », partage Sina*, un Iranien résident près de Paris. Après les manifestations pour la vie chère en décembre, suivies du début de la guerre lancée par Israël et les États-Unis le 28 février, la communauté iranienne en France vit un moment d’incertitude.
« J’ai toute ma famille là-bas. C'est une angoisse de ne pas avoir de nouvelles », explique-t-il, ajoutant que de nombreux amis souffrent de dépression à cause de cette situation. Bernard*, né en France, évoque quelques nouvelles sporadiques, mais la douleur reste vive, surtout lorsqu'il entend parler des bombardements touchant des écoles et des hôpitaux.
Les victimes de la répression
Étonnamment, pour ceux qui ont partagé leur vécu avec 20 Minutes, la menace qui pèse sur leur famille ne provient pas seulement des bombardements, mais surtout de la répression du régime. « Beaucoup de mes proches ont été tués par le régime, et ils ont mille fois plus peur de lui que des frappes », déclare Fahimeh Ponsonnaille, membre d'une association de femmes iraniennes.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Iran Human Rights (IHR) a rapporté que dix prisonniers politiques ont été exécutés en seulement dix jours, un record alarmant selon son directeur, Mahmood Amiry-Moghaddam. En 2025, les autorités iraniennes ont exécuté 1.639 personnes, un chiffre qui souligne une tendance troublante.
Sina, pour sa part, craint qu'il y ait en réalité bien plus que les 35.000 décès signalés par des responsables iraniens, un chiffre minimaliste à ses yeux.
Communication bloquée
La difficulté de recevoir des nouvelles est exacerbée par la coupure totale d'Internet. "Le régime a instauré le blackout. Les nouvelles de ma famille sont rares et succinctes", confie Mahan Taraj, juriste et créatrice du podcast Iran Décrypté.
NetBlocks a confirmé que cette coupure est la plus longue jamais observée dans un pays entier, rendant la communication quasi impossible.
Sina décrit des messages qui se perdent dans le néant et des tentatives risquées pour utiliser des VPN. « Certains paient des prix élevés pour accéder à l'Internet, mais dans l’incertitude de leur efficacité », témoigne-t-il.
Les Iraniens de la diaspora expriment leur frustration vis-à-vis de la guerre lancée par Israël, estimant qu'elle ne pourrait jamais apporter la démocratie qu'ils espèrent pour leur pays. Les appels à mettre un terme à cette guerre se multiplient. « Nous avons déjà trop de deuils », soupire Bernard.
*Les prénoms ont été modifiés







