Six ans après le début de la pandémie, l’histoire du Covid attendait d’être écrite. Le journaliste William Adureau, expert en complotisme, a pris cette initiative à travers un livre essentiel. S’appuyant sur des milliers de documents, y compris des notes déclassifiées et des courriels entre chercheurs, il guide le lecteur dans un récit qui oscille entre rigueur historique et tension dramatique.
Quelle a été votre approche pour reconstituer ce vaste puzzle ?
Il est difficile de tirer un récit clair des années Covid. La temporalité confuse de notre mémoire, accentuée par les confinements, complique la tâche. Les multiples désinformations et la lutte des récits ont conduit à un paradoxe : une crise mondiale majeure et historique dont l'histoire demeure floue. J'ai voulu apporter de la clarté en retournant aux fondamentaux, en me basant sur des faits et en rétablissant une chronologie rigoureuse. J'ai passé quatre ans et demi à rassembler des sources variées, d'articles de presse aux études scientifiques, fournissant une compréhension du virus aujourd'hui inaccessible.
Le Covid était-il prévisible ?
En plaçant le Covid dans son contexte épidémique, il devient évident qu’il n’était ni surprenant ni imprévisible. Depuis des années, les scientifiques, notamment en santé publique et en virologie, avertissaient des risques d'émergence virale. Des réservoirs de coronavirus avaient été identifiés en Asie du Sud-Est. Quand le virus a émergé fin 2019, de nombreux experts, bien que ne sachant pas où et quand cela se produirait, n’étaient pas surpris.
Quelle est la dimension géopolitique de cette pandémie ?
La pandémie a révélé deux crises distinctes : la première sanitaire et la deuxième géopolitique, échappant à toute logique scientifique. D'une part, la Chine, avec son approche autoritaire vis-à-vis de la vérité, et de l'autre, Donald Trump, président des États-Unis à ce moment critique. Ces deux figures ont jeté les bases d'un climat de méfiance où la coopération scientifique a été sacrifiée. Les conséquences en France ont été lourdes, avec une prise de conscience tardive face à un virus que personne ne semblait vraiment comprendre au moment crucial.
Le rôle des informations durant cette période pandémique a-t-il été crucial ?
Durant l'épidémie de Sars en 2003, les théories du complot étaient marginales. Cependant, le paysage numérique actuel, avec les réseaux sociaux, a permis à la désinformation d'exploser. Des contenus sensationnalistes ont trouvé un terreau fertile, profitant des périodes de confinement et de l'anxiété générale. La méfiance envers les gouvernements a également alimenté ce phénomène, notamment en France où certains milieux étaient déjà en proie aux théories conspirationnistes.
Pourquoi semble-t-on vouloir oublier les années Covid ?
Le Covid a laissé des cicatrices profondes dans nos vies. Personne ne désirant revivre cette angoisse, il est alarmant de constater que les leçons de cette période sont parfois évitées. Cependant, ignorer cette expérience serait une erreur, car elle a transformé notre société. Mon livre vise à apporter une compréhension éclairée de ces événements sans raviver inutilement les blessures.
Estimez-vous qu’une prochaine pandémie sera mieux gérée ?
Les signes ne sont pas encourageants. Bien que des efforts aient été faits après des crises passées, le Covid a freiné cette dynamique collaborative. La coopération internationale est aujourd'hui fragile, compliquant toute anticipation face à d'éventuelles nouvelles pandémies. Ce contexte est d'autant plus préoccupant que le marché de Wuhan, pourtant conscient du risque, reste une inconnue dans la lutte contre de futurs virus.







