Au moins 17 migrants, dont certains se disaient Congolais, se sont noyés après avoir été déposés près des côtes des Comores, a révélé jeudi le ministre de l'Intérieur de cette nation de l'océan Indien.
Depuis plus de cinq ans, des groupes de migrants espérant atteindre Mayotte, un département français situé à proximité dans l'archipel comorien, débarquent près des côtes comoriennes. Cependant, cette tragédie marque la première fois que des corps sont retrouvés, selon James Tsok Bot, représentant des Nations Unies aux Comores.
Parmi les 30 survivants, plusieurs ont rapporté que des passeurs leur avaient fait croire qu'ils étaient déjà à Mayotte. Quatre autres personnes sont actuellement portées disparues.
"Les rescapés affirment qu'ils viennent de la République démocratique du Congo", a déclaré le ministre, Mohamed Ahamada Assoumani, lors d'une conférence de presse improvisée à Mitsamiouli, la ville où l'incident s'est produit.
"Dans la nuit (de mercredi à jeudi), nous avons repêché huit corps, suivis de neuf autres le lendemain, portant le bilan à 17 décédés. Les garde-côtes poursuivent les recherches pour retrouver les quatre disparus", a ajouté le ministre.
Les habitants de Mitsamiouli, située à 40 kilomètres de la capitale Moroni, ont été alertés par des cris de détresse. "Nous regardions un match de foot quand nous avons entendu des hurlements venant de la plage", a raconté un jeune de la ville qui a participé aux opérations de secours.
"Nous avons trouvé des hommes, des femmes et des enfants. Ils croyaient être arrivés à Mayotte. Les passeurs les ont laissés sur un banc de sable à quelques mètres du rivage, où ils pouvaient toucher le sol. En voulant gagner la plage, beaucoup d'entre eux, qui ne savaient pas nager, se sont trouvés en difficulté quand l'eau s'est soudainement approfondie", a-t-il expliqué.
D'après James Tsok Bot, ces pertes tragiques parmi les migrants débarqués aux Comores sont sans précédent. "Ce qui s'est passé ici montre les dangers de ce phénomène migratoire, qui est souvent criminel", a-t-il déploré.
Un survivant de 25 ans a partagé son parcours complexe depuis la République démocratique du Congo, une région marquée par des conflits entre les forces de l'État et le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda. Après trois jours à travers une forêt, il a atteint la capitale tanzanienne, Dar es Salaam, avant de prendre un bateau pour les Comores.
"Le trajet a duré sept jours et nous étions entassés dans la cale. Nous avons rapidement réalisé que le capitaine s'était égaré. À un moment donné, nous n'avions plus ni nourriture ni eau", a-t-il relaté, avant d'être interrompu par les autorités.
En République démocratique du Congo, le M23 contrôle depuis fin 2021 de vastes territoires à l'est, une région riche en ressources mais dévastée par la guerre depuis des décennies.
Mayotte, qui a choisi de rester français lors de référendums en 1974 et 1976, devenant finalement un département français en 2011, attire de nombreux migrants de la région. Selon l'INSEE, près de la moitié de la population de Mayotte était étrangère en 2017.







