Lors de son intervention au Journal de 20 heures de France 2 le 26 janvier, Patrick Martin, président du Medef, a abordé les rapports complexes entre la France et les États-Unis, particulièrement sous l'administration Trump. Il a exprimé sa déception quant au projet de budget de l'État, révélant des inquiétudes pour l'économie française.
Ce texte est extrait du reportage diffusé ci-dessus. Visionnez la vidéo pour le contenu complet.
Léa Salamé : Lors de votre dernière intervention, vous avez pris position en déclarant : "Le moment est venu de dire non à Donald Trump". L'Europe a-t-elle suffisamment rebondi cette fois-ci ?
Patrick Martin : Il est essentiel de comprendre que le Medef représente une vaste communauté de plus de 240 000 entreprises, y compris de nombreuses PME employant 12 millions de personnes. Nous sommes indubitablement engagés dans ce débat. La réponse de l'Europe a été plus ferme que lors des précédentes tensions avec les États-Unis, et cela a montré des résultats. Souvenons-nous que lors des impositions initiales de droits de douane par Trump, l'Europe avait cédé.
Vous semblez rassuré, mais n’entendez-vous pas les entrepreneurs français qui vous recommandent de ne pas s'attaquer aux États-Unis et à Trump pour préserver nos marchés ?
C'est important de clarifier les choses : c'est bien Donald Trump qui, en premier lieu, s'en prend à nous. J'ai été témoin des effets dévastateurs des droits de douane sur notre industrie, et je suis conscient des conséquences jusqu'à 70 000 emplois en danger. Cependant, céder à chaque provocation serait sans fin. Nous avons maintenant une meilleure compréhension de la personnalité de Donald Trump, il ne faut pas « le provoquer », comme disent certains experts économiques.
Aujourd'hui, craignez-vous une réticence des sociétés françaises à investir aux États-Unis sous Trump ? Oseriez-vous investir ?
Oui, même si je suis entrepreneur avant tout. Certains dispositifs incitent les entreprises à investir aux États-Unis, mais les chefs d'entreprise demeurent prudents. Beaucoup attendent les élections de mi-mandat en novembre, incertains de la majorité future de Trump. N’oublions pas que les États-Unis, malgré leurs problèmes, ne sont pas nos adversaires, mais des alliés. Il est crucial que cette période difficile ne perdure pas trop longtemps.
Concernant le budget français, vous exprimez des craintes d’incertitude économique. Pensez-vous que le budget actuel est satisfaisant ?
Si l'on lie cette compétition brutale à la situation budgétaire, il est évident que ce budget ne correspond pas aux défis actuels. Pour bâtir un pays fort, il faut une économie dynamique et des entreprises solides. Malheureusement, ce budget augmente certaines charges pour les entreprises qui peinent déjà à baisser leurs coûts de production, les plus élevés d'Europe.
Vous évoquez également l'emploi. Avec de nombreuses entreprises qui restructurent, tels que Société Générale et Capgemini, craignez-vous une montée des faillites en France ?
Nous avons déjà enregistré un nouveau record avec 68 500 entreprises en faillite en 2025, et je crains que cette tendance se poursuive en 2026. C'est une raison supplémentaire pour que nos décideurs politiques prennent conscience de cette compétition mondiale et réévaluent leur stratégie pour renforcer les entreprises. Cela inclut la nécessité de décarboner nos industries, de favoriser la digitalisation et d'améliorer le pouvoir d'achat des salariés.







