À presque 80 ans, Jean-Louis Étienne ne montre aucun signe de ralentissement. Son enthousiasme pour l'exploration de notre planète reste contagieux. Alors qu'il s'apprête à embarquer à bord de la goélette Persévérance, il se dirige vers les eaux impénétrables de l'Antarctique, dans l'espoir de réunir des données cruciales sur la biodiversité en région polaire.
Cette expédition, qui doit débuter le 20 janvier prochain depuis la Nouvelle-Zélande, vise à analyser l'état de l'aire marine protégée (AMP) de la mer de Ross, instaurée il y a dix ans. Avec l'aide de scientifiques américains, Jean-Louis prévoit un comptage des colonies de manchots, un moment déterminant pour évaluer l'impact des changements environnementaux sur cette région fragile.
« Un véritable bilan de santé » - c'est ainsi qu'il qualifie cette mission. Le médecin explorateur souhaite offrir des preuves tangibles pour soutenir la création de nouveaux sanctuaires marins. Actuellement, seule l'AMP de la mer de Ross bénéficie d'une protection significative, mais des efforts sont en cours pour en établir d'autres. La France et l'Australie, par exemple, souhaitent en créer trois supplémentaires, mais cela nécessite un consensus au sein de la Commission pour la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique. Cet objectif est compliqué par l'opposition systématique de pays tels que la Russie et la Chine.
« L’idéal serait de créer une couronne de zones interdites à la pêche autour de l’Antarctique », explique-t-il, évoquant la menace croissante sur le krill, une clé de voûte de la chaîne alimentaire locale, menacée par l'exploitation humaine. Il déplore que ce précieux crustacé soit de plus en plus utilisé comme ingrédient dans les farines pour poissons d'élevage.
Cette aventure ne se limite pas à l'observation des manchots. La Persévérance est équipée pour mener une dizaine d'expériences scientifiques en collaboration avec des laboratoires français, américains et britanniques. Une des missions inclut le calibrage du satellite Pace de la NASA pour cartographier les ressources de phytoplancton, essentiels pour l'écosystème océanique.
En parallèle, Jean-Louis étudie l'évolution de la biodiversité dans des lieux aussi menacés que la mer Dumont-d’Urville et les îles Balleny, qu’il décrit comme étant des "déserts de glace" où l'habitat pour les animaux marins est rare. Avec seulement quelques zones de nidification disponibles, les colonies de manchots sont soumises à une pression énorme.
« Nous connaissons peu la profondeur de l’impact des activités humaines sur ces environnements », affirme Jean-Louis, partageant les préoccupations d’experts comme le climatologue Étienne Klein, qui alerte sur les risques imminents de l’industrialisation croissante dans ces régions.
Avec tout cela en mains, Jean-Louis Étienne se réjouit de son retour imminent en Antarctique. Sa passion pour la protection de cet environnement unique est un rappel poignant de l'importance de la biodiversité dans notre combat contre le changement climatique.







