Seoul (AFP) – Pendant des décennies, le Rodong Sinmun, le principal journal de la Corée du Nord, a été considéré comme trop nuisible pour être lu par les Sud-Coréens. Cependant, une récente décision du président sud-coréen Lee Jae Myung permet désormais un accès libre à ce quotidien, dans un acte qui vise à apaiser les tensions entre le Nord et le Sud.
Sur le ton de l’humour, Lee Jae Myung a déclaré qu'il ne craignait pas que les lecteurs deviennent communistes après avoir feuilleté le journal. Désormais, les citoyens sud-coréens peuvent accéder au Rodong Sinmun dans les bibliothèques et autres institutions où il est disponible, un changement notable par rapport à l’ancienne réglementation qui exigeait une autorisation spéciale pour le lire.
Les lois sud-coréennes sur la sécurité nationale, qui interdisent l’accès à la propagande nord-coréenne, restent néanmoins en vigueur. Les avis sont partagés dans les rues de Séoul, certains y voyant une occasion perturbante de promouvoir des idées d’un régime hostile. Park Si-won, étudiant de 22 ans, a comparé cet accès à « donner les clés de la propagande de l'État islamique ». En revanche, d'autres, comme Bae Jee-woo, une femme d'affaires, estiment que les lecteurs pourront analyser le contenu à l’aune de leur propre cadre de référence sans y être influencés.
Pour certains, comme Chad O’Carroll, directeur de NK News, ce changement est davantage symbolique qu'opérationnel. Loin de faciliter réellement l'étude de la Corée du Nord, cela dépendra encore de la possibilité d'accéder aux sites web des médias d'État nord-coréens, ce qui nécessitera des changements législatifs.
Le gouvernement de Lee Jae Myung, au pouvoir depuis juin, a promis d’élargir progressivement l’accès à l’information sur la Corée du Nord. Ce changement représente une rupture avec une politique de censure qui a cours depuis la Guerre froide, mais il demeure complexe dans un pays où les souvenirs des tensions sont encore vives.
Malgré les réticences de certaines factions de la population, d'autres expriment l'espoir que ce nouvel accès favorisera une meilleure compréhension entre les deux Corées. Selon des experts, permettre aux Sud-Coréens de découvrir les discours et directives nord-coréens pourrait être une étape précieuse vers un dialogue plus constructif. Toutefois, pour l’heure, quiconque en Corée du Nord est surpris à consommer des médias sud-coréens risque des conséquences sévères, illustrant les profondes disparités qui demeurent entre les deux nations.







