Au cœur de la jungle birmane, une centaine de jeunes combattants, vêtus de treillis, échangent des plaisanteries dans leur camp d'entraînement semi-improvisé. Malgré plusieurs revers militaires, leur détermination reste intacte.
Réunis dans une clairière poussiéreuse, ils saluent fièrement les drapeaux rouges et blancs des Forces de défense du peuple (PDF), un mouvement pro-démocratique né suite au coup d'État militaire de 2021. Ces jeunes soldats sont majoritairement issus de la région de Sagaing, au nord de la Birmanie, où ils mènent leur lutte contre le régime en place.
Le camp, bien établi depuis cinq ans, est entouré de structures en bois et d’un terrain de football où certains d'entre eux jouent pieds nus. Dans les baraques, les soldats dorment côte à côte, leurs espaces délimités par des couvertures pliées et des sacs à dos.
Après avoir connu des succès initiaux, les rebelles ont vu leur position affaiblie face à l'armée et à certains groupes armés qui ont conclu des trêves avec la Chine, comme l'indique le rapport de l'ONG Acled sur la guerre civile. Skate, chef d'escouade de 25 ans, a intégré les PDF pour éviter d'être conscrit de force, un risque grandissant depuis l'adoption d'une loi sur la conscription en février 2024.
Il admet qu’un sentiment de désespoir s'est installé chez de nombreux Birmans : "Des gens disent que votre révolution va échouer ou que vous ne pourrez pas vous relever. Même nos soldats ressentent parfois cette pression," confie-t-il à l’AFP.
Plus de 100 000 vies ont été perdues dans ce conflit qui s’est intensifié, ajoutant aux souffrances tant des civils que des combattants. Skate souligne la douleur de ces pertes, mais il reconnait que cela hante également leur engagement : "Cela nous pousse à surmonter les difficultés."
Depuis le coup d'État, les PDF ont allié leurs forces avec des groupes ethniques armés, nouant des relations avec ceux qui se sont longtemps opposés au pouvoir central, qui leur fournissent formation, armes et munitions. Mon Mon Nway Oo, l'une des rares femmes au camp, a participé à la conquête de la ville minière de Mogok, connue pour ses rubis, avant de devoir battre en retraite suite à un cessez-le-feu négocié par la Chine.
"Il est décevant de perdre des territoires que nous avons conquis," explique cette jeune femme de 24 ans, tout en exprimant son incompréhension face aux décisions militaires qui l'entourent.
L'armée birmane, plus nombreuse et mieux équipée avec des renforts d'armement lourd et aérien, notamment de la part de la Chine et de la Russie, semble avoir l’avantage. Bien que les rebelles soient des pionniers dans l'utilisation des drones, ils constatent que l'armée les a devancés en matière de technologie.
Nay, un soldat de 33 ans, additionne que les PDF portent un atout déterminant contre l'ennemi : le mental. "Nous avons débuté cette révolution les mains vides et maintenant, nous avons des armes et des troupes. Cela résulte d’un esprit de défi et d’un refus de l’injustice," conclut-il.







