Le président bolivien Rodrigo Paz a déclaré, mercredi, que la crise politique qui secoue le pays depuis près d'un mois "frôle le point de rupture." Ses propos interviennent lors d'une nouvelle journée de manifestations où sa démission est exigée.
"Le pays a besoin de stabilité (...) Le temps presse," a affirmé le dirigeant de centre-droit, quelques jours après que le Parlement a ouvert la voie à la proclamation de l'état d'urgence face à un climat de contestation croissant.
Sous pression, le président appelle au dialogue et se retrouve face à une résistance de plus en plus forte, avec des blocages routiers et des manifestations d'une coalition incluant paysans, mineurs et travailleurs. Initialement, les militants protestaient contre la crise économique, mais leurs revendications ont désormais évolué vers la demande de démission de Rodrigo Paz.
Lundi soir, le Parlement a abrogé une loi qui limitait ses pouvoirs de proclamation de l'état d'exception, lui permettant ainsi de recourir à l'armée et d'imposer des restrictions aux libertés de réunion et de circulation. "Ceux qui cherchent à détruire notre patrie auront à faire à moi et à toute la force de la Constitution," a-t-il déclaré avec fermeté. "Aux policiers et aux forces armées : veillez à vous sentir protégés, car le peuple est à vos côtés."
Cependant, la pression des manifestants ne faiblit pas. Brandissant des drapeaux indigènes, plusieurs milliers de paysans, principalement des femmes, ont de nouveau défilé dans les rues de La Paz, coïncidant avec la fête des Mères. Marta Poma Luque a exprimé au journaliste de l'AFP : "Nous n'avons pas peur de mourir. Nous donnerons nos vies pour défendre nos droits (…) Nous avons déjà dit au gouvernement de faire ses valises."
Autre voix de la contestation, Delta Salinas a déclaré : "Nous n'en pouvons plus de ce président (...) À cause de lui, tout le peuple bolivien souffre." Les manifestants se sont ensuite dirigés vers une marche organisée par le secteur des transports, en grève. Froylan Choque a déclaré : "La police ne devrait pas réprimer son propre peuple (...) qu'elle se retire."
La Paz, l'épicentre des manifestations, voit ses routes bloquées provoquant des pénuries alimentaires, médicales et de carburant. "Les prix des médicaments flambent, et certains commencent à manquer," a témoigné Zulma Hinojosa, mère d'un enfant souffrant d'asthme dans un hôpital de la ville.
Des centaines d'habitants de La Paz ont exprimé leur indignation face aux barrages routiers qui étranglent la ville. Selon certaines évaluations, les pertes économiques causées par la crise sont estimées à environ 600 millions de dollars dans une Bolivie aux prises avec une inflation de 15 %. "C'est pire que la période du Covid," a indiqué M. Paz, faisant référence aux ravages économiques des barrages.
Dans un geste tentant d'apaiser les tensions, il a annoncé qu'il réduirait de 50 % son salaire, une décision symbolique vu que celui-ci est d'environ 3 400 dollars par mois. Son gouvernement a également pointé du doigt l'ancien président socialiste Evo Morales, visé par un mandat d'arrêt dans une affaire supplémentaire pour avoir alimenté ces troubles, selon ses dires. Morales, réfugié dans sa bastion politique au Chapare, a appelé à la tenue de nouvelles élections dans les 90 jours.







