Depuis le début du conflit en Iran, les prix du carburant grimpent en flèche, atteignant des niveaux records. Bien que pour l’instant cette flambée concerne principalement l'énergie, le risque d'une extension des hausses à d'autres secteurs de l'économie reste présent. Avec des salaires stagnant et des entreprises qui préservent leurs marges, le débat sur qui supportera le coût de cette tension ne fait que commencer.
Une inflation encore localisée
D'après l'Insee, l'inflation globale est maîtrisée à 2,2 % sur un an en avril 2026. Cependant, derrière ce chiffre se cache une réalité plus complexe : les produits manufacturés connaissent une baisse, tandis que l'énergie a vu son prix s'envoler de 14,2 %. "Aujourd'hui, l'inflation n'est pas généralisée; elle touche surtout l'énergie", affirme Éric Heyer, économiste à l'OFCE. Néanmoins, avec le baril de Brent au-dessus de 100 dollars, la possibilité d'une contagion économique devient préoccupante.
Le spectre de la spirale prix-salaires
Le vrai danger serait que cette hausse temporaire des prix se pérennise. La transmission pourrait se faire par les salaires. Éric Heyer souligne qu'au cours du choc pétrolier de 1973, les salaires étaient indexés sur l'inflation, entraînant une fuite en avant dans l'augmentation des prix. "Une telle situation pourrait faire grimper l'inflation à des niveaux à deux chiffres", prévient-il. Pour éviter cela, les autorités pourraient être contraintes d'augmenter drastiquement les taux d'intérêt, avec des répercussions dues à la contraction de l'économie.
L'assiette en première ligne
Si la spirale inflationniste semble encore éloignée, le secteur alimentaire est déjà en première ligne. Selon UFC-Que Choisir, le coût des courses pourrait grimper de 4 à 5 % dans un avenir proche. Avec de nouvelles augmentations des prix des engrais et du carburant pour les engins agricoles, la production alimentaire devient de plus en plus coûteuse.
Des entreprises comme Lactalis et Danone ont d'ores et déjà annoncé qu'elles seraient forcées de répercuter ces coûts sur les distributeurs, particulièrement dans les rayons dédiés aux produits frais et aux produits laitiers.
Qui va régler l'addition ?
Lorsqu'un choc pétrolier se produit, les ménages, entreprises et finances publiques se partagent traditionnellement la facture. Éric Heyer souligne que, contrairement aux périodes précédentes, les aides gouvernementales seront cette fois limitées. "L'État a clairement exprimé qu'il ne pourrait pas soutenir financièrement les ménages", explique-t-il. Ainsi, le rapport de force va s'établir entre les employés et les employeurs.
La banque BNP Paribas indique que certaines entreprises pourraient choisir de réduire leurs marges pour éviter de tacher leur réputation et diminuer la demande. Cependant, les observateurs se montrent prudents. "Notre prévision est que les ménages subiront le poids de la hausse des prix : il est probable que les salaires n'augmentent pas au même rythme que l'inflation", conclut Heyer, alimentant la crainte d'un nouveau recul du pouvoir d'achat pour les consommateurs français.







