La Commission européenne a récemment annoncé avoir convoqué des représentants des talibans à Bruxelles pour aborder la question des renvois de migrants vers l'Afghanistan. Cette initiative suscite de vives interrogations éthiques et pratiques.
Ce mardi 12 mai, une lettre a été adressée à Kaboul pour convenir d'une date pour la réunion. L'objectif principal de cet échange est de discuter du renvoi des migrants afghans, mais l'UE tient à préciser qu'il ne s'agit pas d'une reconnaissance officielle des autorités talibanes.
Une ligne rouge ?
Depuis leur retour au pouvoir en 2021, suite au retrait des troupes américaines, les talibans n'ont pas été reconnus par l'Union européenne. L'élue écologiste Mélissa Camara a exprimé des inquiétudes, qualifiant cette approche de "profond renoncement aux valeurs et droits fondamentaux" de l'UE. Elle appelle à la vigilance, avertissant que franchir cette "ligne rouge" pourrait avoir des conséquences désastreuses.
La Commission, en coordination avec la Suède, insiste sur le fait que ces discussions se déroulent à un "niveau technique", sans implication directe des leaders talibans, et rappelle deux visites de responsables européens en Afghanistan liées au même thème.
“Une décision qui pourrait coûter des vies”
Face à une volonté commune de renforcer les politiques migratoires, une vingtaine de pays de l'UE explorent la possibilité de renvoyer des migrants vers l'Afghanistan, particulièrement ceux jugés à risque pour la sécurité. Markus Lammert, porte-parole de la Commission, souligne que ces discussions s'inscrivent dans ce contexte préoccupant.
Il convient de noter que l'Afghanistan est déjà en proie à une grave crise humanitaire. Depuis le début de l'année 2023, plus de cinq millions d'Afghans ont été contraints de revenir de l'Iran et du Pakistan, dans des situations souvent précaires. Lisa Owen, du International Rescue Committee, met en garde contre les dangers de renvoyer des individus vers un pays où près de la moitié de la population n'arrive pas à se nourrir.
L'UE ne reconnaît pas les autorités talibanes
Cette rencontre soulève également des questions pratiques, car l'UE ne reconnaît pas officiellement les talibans. Des visas spéciaux seraient nécessaires pour leur venue à Bruxelles, et la Belgique, en tant que pays hôte, serait prête à examiner de telles demandes, selon des sources officielles.
Les détails entourant cette invitation demeurent flous. Qui fait partie de la délégation afghane ? La Commission est restée silencieuse sur ces questions, ainsi que sur les modalités de financement des voyages des responsables invités.
Notons enfin que l'Allemagne a déjà ouvert la voie à des expulsions groupées de migrants afghans depuis 2024, tandis que l'Autriche a récemment suivi cette tendance en accueillant des représentants talibans à Vienne. Ces choix politiques marquent un tournant dans le traitement des questions migratoires en Europe, suscitent des débats passionnés et pourraient redéfinir les relations entre l'UE et l'Afghanistan.







