Le gouvernement constate une chute brutale des recettes fiscales liées à la hausse des prix des carburants, a déclaré le Premier ministre le 12 mai 2026, privant ses opposants d'un argument clé en faveur d'une baisse des taxes.
Lors d'une récente déclaration, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait mentionné la possibilité de recettes fiscales accrues à la suite de la flambée des prix des carburants causée par les conflits au Moyen-Orient. Ces recettes auraient dû être utilisées pour soutenir les secteurs en difficulté et financer son plan d'électrification. Cependant, l'État voit ses revenus diminuer, les premières dix jours de mai ont enregistré une baisse d'un tiers de la consommation.
« Sur les dix premiers jours de mai, les recettes fiscales liées au carburant diminuent d'environ 300 millions d'euros, avec une consommation en baisse de 30 % », a annoncé le Premier ministre sur la plateforme sociale X. Ainsi, après des recettes fiscales supplémentaires en mars et avril de près de 190 millions d'euros, les revenus depuis le 1er mars sont « inférieurs de 105 millions d'euros par rapport à ceux de l'année précédente à la même période », comme l'indiquent les services de Matignon. Le gouvernement avait prévu des mises à jour tous les dix jours sur les éventuels surplus fiscaux liés à la hausse des prix des carburants.
« Il n’y a pas, et il n’y a jamais eu, de “ cagnotte ” »
Sébastien Lecornu a insisté sur le fait que « les répercussions de la crise affectent désormais directement les recettes fiscales ». « Il n’y a pas, et il n’y a jamais eu, de “ cagnotte ” ».
Une consommation réduite de carburant entraîne inévitablement une diminution des taxes fixes (accises), qui sont calculées selon le volume de produit commercialisé, tandis que des prix plus élevés favorisent une hausse de la TVA. Ce phénomène a nourri l'idée d'une possible « cagnotte » alimentée par ce « surplus fiscal », qui a fluctué au fil du temps. Les taxes constituent près de 60 % du prix des carburants, et moins de la moitié des recettes fiscales vont directement à l'État, le reste étant destiné aux régions et départements.
Début avril, le Premier ministre lui-même avait admis qu'il disposait d'un surplus fiscal évalué à 270 millions d'euros, qu'il souhaitait utiliser pour son plan d’électrification, visant à réduire la dépendance aux hydrocarbures. Ce surplus a été ramené à 190 millions d'euros pour mars et avril, avec des promesses d'affectation à « 100 % » aux aides destinées aux secteurs les plus affectés ou aux « grands rouleurs ».
Pourtant, la porte-parole du gouvernement et Ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon, a temperé ces attentes. Elle a expliqué que « L’État ne se profite jamais des crises, car entre la contraction de la croissance, la baisse de la consommation et les aides déployées, il n’y a jamais de gain ».
De nouvelles mesures « d’ici à une semaine »
Faisant face à la nécessité de maintenir une discipline budgétaire et sous la menace d'une récession, le gouvernement fait preuve de prudence depuis le début du conflit en Ukraine. Les aides qu'il prévoit resteront « ciblées » plutôt que générales, écartant de facto toute réduction de la fiscalité. Toutefois, Sébastien Lecornu a reconnu qu'il fallait « changer d’échelle » face à la persistance de la crise.
De nouvelles actions devraient être présentées « d’ici à une semaine », a indiqué lundi Maud Bregeon. « On envisage de soutenir davantage de Français, pas seulement ceux qui bénéficient actuellement d’aides, car la situation perdure. Nous devons équilibrer le déficit public tout en tenant compte du pouvoir d’achat des Français, notamment ceux des ménages les plus modestes », a-t-elle ajouté. Dans un contexte de campagne présidentielle de plus en plus actif, la question de l'augmentation des prix de l'énergie devient un sujet de débat primordial. Le Rassemblement national insiste sur la nécessité d'une réduction des taxes sur l'énergie.
Laurent Wauquiez, le chef des députés Républicains, a exprimé mardi sur Franceinfo que l'État recueillait « des recettes supplémentaires », qu'il devrait réorienter « vers une diminution de la taxe sur l'essence » pour faire baisser le prix du litre, qu'il a estimé « entre deux et trois milliards » d'euros, tandis que le gouvernement se limitait à 270 millions d'euros.







