L'envolée des prix de l'énergie, déclenchée par le conflit au Moyen-Orient, devrait dominer la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) prévue ce jeudi. Les conséquences sur l'inflation et la croissance dans la zone euro demeurent floues.
La guerre a provoqué une quasi-paralysie du détroit d'Ormuz, un passage vital pour près de 20% du pétrole mondial, ainsi que des attaques ciblant les infrastructures énergétiques du Golfe. Cela a entraîné une hausse significative des coûts du pétrole et du gaz.
En Europe, cette augmentation impacte les prix à la pompe et met à mal des entreprises, particulièrement celles qui consomment beaucoup d'énergie.
En cas d'escalade du conflit, cela pourrait fragiliser davantage une croissance déjà précaire, tout en augmentant l'inflation, un scénario redouté par les gardiens de l'euro.
Les économistes prévoient que, malgré des pressions inflationnistes, la BCE maintiendra ses taux d'intérêt inchangés pour le moment afin d'évaluer les répercussions d'un conflit qui n'est qu'à son début. Le taux de dépôt restera donc à 2%, conformément à la stabilité observée depuis juillet, bien que l'inflation ait oscillé autour de l'objectif fixé à 2% ces derniers mois.
- "naviguer à vue" -
Reinhard Pfingsten, directeur des investissements chez ApoBank, explique à l'AFP que l'absence de signes d'une accélération de l'inflation sous-jacente permet à la BCE de ne pas justifier une hausse des taux, ajoutant qu'ils vont "naviguer à vue". De son côté, d'autres banques centrales optent pour la prudence cette semaine, comme la Réserve fédérale américaine qui a décidé de maintenir ses taux. Cette décision vient accompagner un climat d'incertitude quant aux implications des événements au Moyen-Orient sur l'économie américaine.
La BCE prendra ses prochaines décisions monétaires en s'appuyant sur des projections économiques révisées jusqu'en 2028. Ce processus habituellement préparé un mois à l'avance devra cette fois intégrer les hausses des prix du Brent et du gaz observées récemment, dont l'impact sur l'économie reste complexe à évaluer.
Felix Schmidt, économiste chez Berenberg, anticipe que Christine Lagarde insistera sur le degré d'incertitude élevé lorsque elle fera le point devant les médias, adoptant une approche fondée sur les données à chaque réunion. La semaine dernière, elle a réaffirmé l'engagement de la BCE à contrôler l'inflation, un message que l'on pourrait entendre à nouveau.
Les marchés, ayant anticipé une première hausse des taux de la BCE cette année en raison de la flambée pétrolière, scruteront attentivement les indices de validation.
Mme Lagarde pourrait aussi relativiser les comparaisons avec l'inflation élevée suivie de l'invasion de l'Ukraine en 2022, une période durant laquelle la BCE avait fait l'objet de critiques pour sa lenteur à réagir. Selon Jack Allen-Reynolds de Capital Economics, la situation actuelle est différente, car elle ne présente pas le même mélange de politiques monétaires accommodantes et de déséquilibres sur les chaînes d'approvisionnement.
Enfin, alors que des rumeurs circulent sur son avenir à la tête de la BCE, Lagarde a exprimé son intention de mener à bien son mandat jusqu'à la fin prévue en octobre 2027.







