Les eurodéputés se réunissent ce mercredi pour un vote qui s'annonce serré concernant la validité de l'accord commercial signé entre l'UE et les pays du Mercosur. Plus qu'une simple question partisane, ce vote met en lumière des fractures nationales significatives.
Au cœur du débat, la décision de saisir ou non la Cour de justice de l'Union européenne (UE) sur cet accord, qui a été paraphé récemment au Paraguay. Les opposants à cette saisie soulignent l'urgence de ratifier l'accord, d'autant plus que les relations commerciales avec les États-Unis, sous la houlette de Donald Trump, deviennent tendues avec des menaces de nouveaux droits de douane.
D'un autre côté, les partisans d'un recours s'opposent à cette précipitation, espérant obtenir un délai supplémentaire pour analyser en profondeur les implications de cet accord. Notons que les 81 eurodéputés français, allant de l'extrême gauche à l'extrême droite, s'alignent pour soutenir la saisine, portée par des milliers d'agriculteurs qui ont exprimé leur défiance lors d'une manifestation à Strasbourg.
L'accord en question, l'un des plus vastes de l'histoire, englobe une zone de libre-échange incluant plus de 700 millions de consommateurs. Il est censé faciliter les exportations européennes de voitures, machines, vins et spiritueux vers l'Amérique Latine, tout en ouvrant les portes de l'Europe à des produits sud-américains tels que la viande bovine et le soja. Toutefois, les détracteurs s'inquiètent d'une concurrence déloyale qui pourrait nuire à l'agriculture européenne.
Ce vote pourrait s'avérer déterminant, car bien que l'accord global ne sera ratifié que dans les mois à venir, ce premier vote teste déjà la résistance du projet. François-Xavier Bellamy, eurodéputé français, a évoqué une marge de victoire possible de « huit voix », ajoutant à l'incertitude du résultat.
L'importance des enjeux économiques et la pression politique mettent en avant le caractère crucial de ce vote. Manfred Weber, chef du PPE, est intervenu pour promouvoir l'accord, le qualifiant d'« accord anti-Trump », une stratégie visant à rassurer ceux qui hésitent à s'engager dans le cadre d'un partenariat commercial avec le Mercosur.
Les lignes de fracture se répercutent au-delà des clivages traditionnels, confrontant notamment des membres du groupe ECR. En effet, certains issus du parti polonais PiS se montrent en faveur de la saisine, tandis que d'autres, comme les Italiens de Fratelli d'Italia, adoptent une position opposée.
Les critiques évoquent la possibilité d'une application provisoire de l'accord, une option que l'UE pourrait envisager si le processus de ratification s'éternise. Cela signifie que même si la saisie de la Cour est acceptée, le risque d'un passage de l'accord demeure. David Cormand, eurodéputé et membre du groupe des Verts, a averti que la « véritable bataille » se déroulera après le vote.
Face à cette situation, Pascal Canfin du groupe Renew a souligné que si la saisine est rejetée, il y a de fortes chances que l'accord soit validé, exposant ainsi les tensions palpables qui animent actuellement le Parlement européen en matière d'accords commerciaux.







