Un grand rassemblement d'agriculteurs est prévu mardi à Strasbourg, visant à exprimer leur désaccord avec l'accord commercial signé récemment entre l'UE et les pays du Mercosur. Cette mobilisation, prévue par la FNSEA, le principal syndicat agricole français, intervient à la veille d'un vote crucial où les députés européens devront se prononcer sur une saisine de la justice.
Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA, a déclaré à l'AFP : "Nous ne comptons pas céder. Cette mobilisation est essentielle pour protéger notre agriculture face à la concurrence déloyale". Des estimations évoquent l'arrivée de 600 à 700 tracteurs dans la ville alsacienne, ce qui pourrait engendrer des perturbations de circulation. Un important dispositif policier sera mis en place pour sécuriser le Parlement européen pendant cette session plénière.
Au total, environ 4.000 agriculteurs, en majorité français, sont attendus, représentant des régions variées de.l'Union européenne, y compris l'Italie, la Belgique et l'Allemagne. La pression monte alors que les eurodéputés seront appelés à voter sur la pertinence d’une question préjudicielle à la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) la semaine prochaine. Si la CJUE rend un avis défavorable, l'accord ne pourra être ratifié sans modifications.
Malgré des soutiens au sein de certains pays européens, des parlementaires commencent à remettre en question le bien-fondé de cet accord qui pourrait, selon les agriculteurs, menacer l'avenir de leur métier. "Nous vivons une situation alarmante", souligne Lapie, exprimant des craintes quant à l'arrivée sur le marché européen de produits agricoles importés, souvent moins chers et non conformes aux normes de l'UE. Cette récente dynamique fait écho aux préoccupations soulevées par le mouvement de contestation agricole qui a déjà mobilisé des milliers d'agriculteurs à Bruxelles.
Le traité, qui crée l'une des plus grandes zones de libre-échange entre l'UE et le Mercosur, prévoit une augmentation des exportations de produits européens, tels que voitures et spiritueux, en échange d'une augmentation des importations de viande, sucre, riz, miel et soja en provenance d'Amérique du Sud. Les opposants craignent que cela ne désavantage les agriculteurs européens, souvent soumis à des normes strictes.
Des leaders d'opinion comme Jean-Pierre Fleury, économiste agrarien, mettent en garde contre le fait que la signature de cet accord pourrait être perçue comme un "troc" inacceptable, où les producteurs européens seraient contraints de se plier à des règles plus strictes tout en faisant face à une compétition inégale. "Nous ne devons pas sacrifier nos standards pour des profits à court terme", a-t-il déclaré à France 2.
Outre l'accord avec le Mercosur, les agriculteurs expriment également des préoccupations concernant le soutien à la Politique agricole commune (PAC) et demandent des réformes pour garantir un avenir durable à l'agriculture en Europe. Cette mobilisation arrive à un moment délicat, juste avant un vote de censure à l'encontre de Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, qui est également confrontée à la critique concernant sa gestion du dossier Mercosur.







