Depuis quelques années, l'intelligence artificielle (IA) a infiltré tous les aspects de notre économie. En 2026, la question primordiale ne sera pas tant de savoir si les technologies ont progressé mais si nos institutions, entreprises et administrations, réussiront à s'adapter à ces nouvelles réalités.
Les avancées récentes en IA ont été fulgurantes. Des modèles capables de rédiger, de programmer, ou même d'enchaîner des actions complexes ont vu le jour. Cependant, le véritable goulot d'étranglement, à l'horizon 2026, ne sera pas technique, mais plutôt humain et institutionnel. Comme le soutient le spécialiste en innovation technologique Marc Giget, « la technologie ne vaut que si elle est intégrée de manière pertinente dans nos pratiques ».
Historiquement, les gains de productivité ne résultent pas simplement de l'introduction d'outils technologiques, mais de la restructuration des organisations qui les utilisent. C'est ce que Robert Solow, prix Nobel d'économie, avait signalé en mentionnant que les ordinateurs étaient présents « partout, sauf dans les statistiques de productivité ». L'IA souligne cette vérité, exacerbant un paradoxe existant : la valeur ajoutée dépend de notre capacité à réorganiser notre façon de travailler.
Il est à prévoir qu'en 2026, nous verrons émerger des entreprises dites « IA-natives ». Ces organisations ne se contenteront pas d'implémenter des technologies d'IA, mais repenseront entièrement leurs mécanismes internes. Les travaux de Ronald Coase et Oliver Williamson sur les coûts de transaction portent une résonance particulière ici : lorsque la coordination s'améliore, la structure de l'entreprise doit suivre.
Les entreprises devront reconsidérer leurs hiérarchies et leurs modes de fonctionnement pour mieux exploiter les capacités des systèmes intelligents. À cet égard, ceux qui seront incapables de s'adapter à ces nouvelles dynamiques risqueront de se retrouver à la traîne. « Les leaders de demain seront ceux qui sauront marier l'humain et la machine », prédit l'économiste Sylvie Brunel.
Dans le débat public, cependant, une peur persistante liée à l'IA domine : celle de l'apocalypse de l'emploi. Néanmoins, alors que certaines tâches seront effectivement automatisées, il est plus plausible que nous soyons confrontés à une pénurie volatile de talents plutôt qu'à une destruction massive d'emplois. L'IA nécessitera non seulement un accompagnement humain, mais aussi une formation approfondie pour maximiser son efficacité.
Cette nécessité de formation continue est un enjeu majeur pour la France, qui peine souvent à investir dans l'apprentissage régulier, malgré un système éducatif performant. Le défi consiste maintenant à transformer les apprenants en professionnels compétents, capables de tirer parti de l'IA. À ce sujet, le spécialiste du management Alain de Gaulle souligne, « sans une montée en compétence de nos ressources humaines, nous risquons de laisser notre marché du travail s'auto-sélectionner vers l'obsolescence ».
En outre, le cadre économique dans lequel évolue l'IA ne devrait plus se focaliser uniquement sur des performances académiques, mais sur des résultats tangibles en termes d'efficacité et de rentabilité. La rupture classique entre la technologie et l'économie doit être repensée, s'orientant vers une vision qui valorise les résultats.
La mémoire et l'autonomie des systèmes d'IA joueront également un rôle crucial. Un IA capable de se souvenir des préférences et d'apprendre des comportements passés deviendra un acteur incontournable dans le monde du travail. Parallèlement, la capacité de l'IA à anticiper des anomalies ou des dérives encouragera une nouvelle forme de management proactif. Cela transforme la nature même du travail et amène les entreprises à repenser leur manière de superviser.
Il est également impératif que nos politiques publiques évoluent en conséquence. La tendance européenne à créer des normes pour répondre aux risques peut paradoxalement mener à une immobilisation. Comme le dit le démographe et anthropologue François Heran, « transformons les défis en opportunités d'innovation ». En résumé, l'IA va progresser, mais la véritable révolution sera celle des structures économiques et sociales qui devront s'adapter à sa logique. L'IA devient ainsi un multiplicateur de potentiel : elle valorise les organisations qui savent évoluer tout en mettant au jour les failles de celles qui restent figées.







