Émergeant comme une figure conciliatrice après un congrès tumultueux, Sophie Binet a rapidement gagné en notoriété en tant que visage de la CGT, tout en devant naviguer habilement entre différentes tendances au sein du syndicat. "La CGT n'est pas une organisation aseptisée, on ne sait jamais ce qui va se passer", a-t-elle souri, interrogée sur les sujets de débat lors du congrès, qui se déroule à Tours jusqu'à vendredi. Son élection pour un second mandat semble acquise, sauf surprise.
Lors du congrès, un climat de tension s'est instauré, comme en témoigne l'incursion de contestataires jeudi sur la scène. La cohabitation des différentes fédérations et philosophies au sein de la CGT n'est pas une tâche facile, surtout après les tensions révélées par le congrès de 2023, entre les partisans d'une lutte des classes traditionnelle et ceux prônant une approche plus inclusive, notamment envers les ONG écologistes.
Le sexisme existe à la CGT
Le rapport de la direction sortante a été rejeté en 2023, entraînant une élection inattendue de Binet, dont l'appartenance à la fédération des cadres était initialement perçue comme un handicap. Le sociologue Rémy Ponge note, "Sophie Binet c'est la secrétaire générale de la CGT, mais la CGT est une organisation dont les structures sont très autonomes". Sa présence médiatique est souvent louée ; nombre de membres du syndicat reconnaissent son talent pour incarner la CGT avec force.
Mélanie Martinet, cheminote, a salué "son discours percutant" qui parle aux jeunes.
Mitchell Nooy, du Comité national des travailleurs privés d'emploi, a sympathisé avec sa vision, tout en faisant état d'une certaine perte du caractère radical de la CGT. "Elle a été très présente dans les médias, elle a parlé de nous. Certes elle n'est pas parfaite, mais elle fait le travail".
La lutte contre l'extrême droite a été un pilier de son mandat, et son refus de capituler face aux pressions est salué par ses soutiens. "Elle a su faire face aux défis, même si le sexisme perdure à la CGT", a commenté un responsable syndical. "Elle sait faire preuve de diplomatie tout en étant ferme quand il le faut."
Rapport de force
Guy Groux, sociologue, souligne que la CGT a traditionnellement bifurqué entre une approche réformiste et une autre plus combative. Sophie Binet s'efforce de maintenir cette unité syndicale, contrant les critiques de militants plus radicaux et s'affichant aux côtés de Marylise Léon, la secrétaire générale de la CFDT. Cette collaboration est une évolution marquante, dans un contexte où les tensions internes auraient pu miner l'organisation.
Il est évident que le chemin à parcourir reste semé d'embûches, surtout avec les critiques de certains membres sur la manque d'ambition social de la CGT. La voix de Murielle Morand, des industries chimiques, a résonné : "L'absence de volonté d'élargir le mouvement ne peut mener à rien". Malgré ces dissentiments, le rapport d'activité a été adopté à 81%.
À l'heure actuelle, les tensions observées lors du précédent congrès semblent se dissiper. Bernard Thibault, ancien secrétaire général de la CGT, évoque une nécessité d’harmonie pour assurer la pérennité du syndicat, afin d’éviter des crises internes fréquentes. Le défi est de taille, mais Sophie Binet semble prête à l'affronter avec détermination.







