Le 12 juin, le gouvernement américain a exigé qu'Anthropic, un acteur majeur de l'intelligence artificielle, suspendent l'accès à ses modèles d'IA, Mythos 5 et Fable 5, à peine quelques jours après leur lancement. Cette décision, qualifiée de sans précédent, a été justifiée par des préoccupations relatives à la sécurité nationale.
Alors que l'entreprise avait mis en avant son expertise en cybersécurité, le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, a pris cette décision après avoir découvert qu'une autre société avait réussi à contourner les protections mises en place pour ces modèles, capables d'exploiter des failles de cybersécurité avec une efficacité redoutable, rapportent nos confrères d'Axios. "Nous contestions le fait qu'une simple découverte justifie le retrait d'un modèle déjà déployé," a déclaré un porte-parole d'Anthropic.
La réaction du secteur ne s'est pas fait attendre. Dean Ball, ancien conseiller de la Maison-Blanche sur les questions d'IA, a exprimé son incompréhension face à cette directive, la qualifiant de "grotesque". De son côté, Vilas Dhar, président d'une fondation dédiée à l'IA, a regretté que les préoccupations de sécurité aient pris le pas sur l'accès aux technologies émergentes.
Face à cette situation délicate, Anthropic se retrouve dans une position précaire, d'autant plus que la course à l'IA est marquée par des rivalités internationales croissantes, notamment avec OpenAI, Google et la firme chinoise DeepSeek. L'entreprise a fait savoir qu'elle espérait rétablir l'accès à ses modèles dès que possible tout en continuant à fonctionner avec ses autres produits.
Vers une régulation plus stricte ?
Les appels à une réglementation plus rigoureuse des IA ne sont pas nouveaux. Dans un essai publié récemment, Dario Amodei, le directeur d'Anthropic, a proposé un cadre d'audit obligatoire pour les modèles les plus puissants, inspiré des méthodes de régulation utilisées dans l'aviation civile. Cependant, il a été clair sur le besoin de transparence dans ces processus. L'actuelle directive a été rejetée par l'entreprise, qui note qu'une telle mesure nécessite des fondements clairs et basés sur des faits techniques.
Anthropic, qui avait été accusée par le Pentagone d'être un "risque pour la chaîne d'approvisionnement", continue de se battre pour préserver son image tout en se préparant à une introduction en Bourse dans un marché très compétitif, valorisé à près d'un trillion de dollars.







