Le 26 avril 1986, l'accident de Tchernobyl bouleverse l'Ukraine et, par ricochet, l'Europe entière. Ce traumatisme semble avoir engendré une dénucléarisation progressive à travers le continent. Comme l'a souligné Ursula von der Leyen en mars 2026, la part du nucléaire dans la production d'électricité européenne est tombée de 40 % en 1990 à environ 15 % aujourd'hui, une " erreur stratégique ". Mais cette situation découle de bien d'autres facteurs.
À une époque où le prix du gaz et du pétrole grimpe, l'Europe se trouve en proie à une dépendance énergétique alarmante. Traduisons cette dépendance : le Vieux Continent possède moins de 2 % des réserves mondiales de pétrole et de gaz, et son économie s'appuie encore sur des ressources venues d'ailleurs. Non seulement la part d'énergie nucléaire a chuté, mais l'irruption de nouvelles sources d'énergie, notamment le gaz naturel, a complexifié la donne.
Une dénucléarisation entamée bien avant Tchernobyl
En réalité, la dénucléarisation a débuté bien avant l'accident de Tchernobyl. Au début des années 80, François Mitterrand promet d’arrêter les nouvelles commandes de centrales nucléaires. Des pays comme l'Espagne avaient déjà commencé à annuler des projets avant 1986, et la Suède avait voté pour abandonner le nucléaire suite à l'accident de Three Mile Island en 1979. Loin de rester statique, le monde de l’énergie s'est transformé avant même la catastrophe.
Les afflux de gaz, notamment grâce à la découverte de nouvelles réserves en mer du Nord, ont fait que le nucléaire est devenu moins attractif économiquement. Les investissements à long terme et coûteux en infrastructure nucléaire n’ont pas su rivaliser avec la flexibilité offerte par les ressources gazières.
Les conséquences de la mondialisation
Après la chute de l'Union soviétique, l'Europe a évolué dans une logique de mondialisation qui lui a fait négliger son indépendance énergétique. « C'est l'ère de la mondialisation heureuse, où il semblait inutile d'investir dans sa propre production d'énergie lorsque des options moins chères étaient disponibles à l'étranger », explique Cécile Maisonneuve.
Cette stratégie a conduit à une délégation extensive des énergies fossiles, tout en laissant les politiques environnementales dominer le discours. Les énergies renouvelables ont effectivement remplacé une partie de la production, mais cela a souvent été aux dépens de l'automatisation énergétique propre de l’Europe.
Renaissances et échec des projets nucléaires
Des tentatives de renaissance du nucléaire ont eu lieu, mais elles se heurtaient à de multiples échecs. Des projets emblématiques comme Olkiluoto et Flamanville sont souvent livrés avec des retards de plusieurs années et des coûts exorbitants, alimentant le scepticisme. À ce jour, seul le projet Sizewell C au Royaume-Uni, annoncé en 2025, fait encore parler de lui, mais il peine également à sortir de l'ombre des retards accumulés.
Un nouveau contexte géopolitique
Avec la guerre en Ukraine, l'Europe est brutalement rappelée à l'ordre. Les conséquences de la dépendance aux importations énergétiques pèsent lourdement sur son avenir. De nouveaux programmes nucléaires voient le jour, même dans des pays traditionnellement opposés au nucléaire, comme la Pologne et le Danemark.
« Il est évident que notre échec à investir dans l'énergie nucléaire a créé un vide technologique en Europe », analyse William D. Magwood, directeur général de l'Agence pour l’énergie nucléaire. Cependant, il reste une lueur d'espoir : "Avec une planification adéquate, l'Europe peut encore développer des projets nucléaires compétitifs."
« Aucune centrale nucléaire ne sera construite si elle est exposée à un marché électrique concurrentiel. » - Antony Froggatt
Le monde de l'énergie est en pleine mutation. L'incertitude géopolitique actuelle remet tous les paradigmes en question, et la route vers un avenir énergétique sécurisé n’a jamais été aussi cruciale.







