Alors que le géant allemand de la chimie et de la santé, Bayer, s'apprête à acquérir le fabricant de semences Monsanto, le monde de la gastronomie s’inquiète. De nombreux chefs, producteurs et citoyens dénoncent « l’invasion de l’agrochimie dans notre assiette ».
À l'approche de ce rachat, des figures emblématiques de la gastronomie comme Olivier Roellinger et Michel Bras ont signé une lettre ouverte dénonçant cette fusion. Rédigée par Franck Pinay-Rabaroust, rédacteur en chef du site d’information Atabula, cette lettre appelle à une mobilisation collective.
Les inquiétudes grandissent
Les deux géants, Bayer et Monsanto, bien connus pour leurs pratiques controversées, représentent un modèle d'agro-industrie où la taille prime sur l'éthique. Leur union, officialisée le 14 septembre 2016, soulève de réelles inquiétudes. Ensemble, ils détiennent presque 30 % des semences mondiales, exerçant ainsi un contrôle sans précédent sur la chaîne alimentaire. Franck Pinay-Rabaroust souligne : « Plus un groupe est puissant, plus son pouvoir est dangereux. » En unissant leurs forces, ils peuvent dicter aux agriculteurs quelles semences utiliser et quel traitement appliquer, établissant un véritable monopole.
Nadia Sammut, chef et chimiste de formation, appuie cette inquiétude : « Ce qui fait peur, c'est l'ampleur de leur pouvoir une fois unis. » Les chefs français, en tant que figures respectées de la gastronomie mondiale, cherchent à sensibiliser le grand public à ces enjeux. Olivier Roellinger a même déclaré dans une interview que sans leur mobilisation, « qui le fera ? »
Passé trouble des deux entreprises
Monsanto, fondée en 1901, est tristement célèbre pour son historique avec l'agent orange et les PCB, des substances toxiques. De son côté, Bayer, fondée en 1863, a également été au cœur de scandales concernant des médicaments dangereux. Bien que leur réputation respective varie, leur union alimente des préoccupations sérieuses sur l'avenir de la biodiversité et la santé des consommateurs. Franck Pinay-Rabaroust insiste sur le besoin urgent de préserver les valeurs fondamentales de l’agriculture durable.
Une réponse à la surpopulation ?
Werner Baumann, le PDG de Bayer, justifie cette fusion par le besoin urgent de nourrir une population mondiale en croissance. Cependant, Nadia Sammut rétorque : « Nourrir oui, empoisonner non. » Des recherches démontrent que des méthodes agricoles naturelles, sans produits chimiques, peuvent être plus efficaces et bénéfiques pour la santé des sols et des consommateurs. Malgré ces craintes, les chefs et acteurs de la gastronomie insistent sur le fait qu'il sera toujours possible de bien se nourrir à condition de promouvoir des pratiques durables et de respecter la traçabilité des produits.







