Le 11 février 2026, la préfet de Gironde a tranché : tous les pêcheurs, amateurs et professionnels, devront désormais mettre à mort tout silure capturé dans les cours d'eau du département. Cette directive inédite en France stipule que le « relâcher vivant » et le transport de ces poissons sont strictement proscrits. Les silures, espèce invasive, se voient ainsi assignés à un rôle d'ennemis des écosystèmes aquatiques.
Pour Alex Fabris, gérant d'un magasin de pêche à Saint-Macaire, cette décision s'apparente à une punition pour l'animal : « C'est un bouc émissaire, je ne comprends pas pourquoi on doit le tuer ». Les sanctions à l'encontre des contrevenants peuvent atteindre 450 euros.
Les silures, pouvant atteindre 2,6 mètres et vivre jusqu'à 70 ans, sont des opportunistes redoutables. « Ils consomment tout, même les canards destinés à la chasse », fait remarquer Jean Martin, technicien à la Fédération de pêche de la Gironde. Apparue dans la région dans les années 1980, cette espèce a rapidement prospéré sans être considérée comme nuisible. Mais les craintes se multiplient quant à son impact sur les espèces migratrices, telles que le saumon et l'esturgeon.
Des pêcheurs en désaccord
Cette nouvelle réglementation ne fait pas l'unanimité. Julien Pauilhac, président d'une association locale, s'interroge : « Comment pourrait-on contrôler la mise à mort de ces poissons ? Et comment faire cela en présence d'enfants ? » Nicolas Baviello, également président d'une association de pêche, juge quant à lui cette décision « un peu excessive ». Il s'inquiète des abus potentiels : « Les pro-silure ne le tueront pas…
« Je suis pour la régulation des espèces, mais là c’est un peu excessif ».
Concernant la mise à mort elle-même, les instructions manquent. Toutefois, abandonner un silure blessé sur la berge est prohibé, tout comme le laisser agoniser. Une méthode commune consiste à l'étourdir puis à procéder à son euthanasie.
Sa chair, pourtant comestible, soulève un débat : « À partir d'un mètre de long, il est préférable de ne pas le consommer en raison de la présence de métaux lourds accumulés au fil de sa vie dans nos eaux polluées », alerte Jean Martin.
Effets sur la biodiversité
Les recherches montrent que les silures menacent certaines espèces menacées. Les études mettent en lumière leur consommation, notamment celle des lamproies et d'autres poissons migrateurs. « Cela explique pourquoi des espèces disparues ne parviennent plus à atteindre les barrages », explique Jean Martin. Selon la préfecture de Gironde, cette situation est exacerbée par la pollution, mais aussi par des facteurs climatiques. David Dubreuil conclut : « Le silure pourrait bien être le coup de grâce pour ces espèces vulnérables ».







