Dans sa dernière chronique radio, Élisabeth Lévy exprime son incompréhension face à l'émergence d'un consensus visant à interdire les espaces réservés aux adultes, souvent appelés « no kids ». En cette période estivale, espérons qu'elle parvienne à profiter de vacances tranquilles.
C'est Martin Pimentel qui a mis en lumière, pour Elle, un manuel consacré au savoir-vivre en vacances. Nombre de ses amies ont cessé de lire cette publication, un phénomène qui s'explique par la tonalité sérieuse qui a remplacé celle, plus espiègle, des années passées. Ce guide, parfois lourd et austère, propose des recommandations surprenantes : par exemple, dans un Ouigo, il est stipulé que l'accoudoir central est uniquement pour le passager coincé entre deux personnes. Un autre conseil indique que, lors du partage d'une addition entre amis, il est préférable d'effectuer des calculs complexes afin qu'un convive n'ait pas à payer pour le vin qu'il ne consomme pas. Ces petits détails montrent qu'il existe des personnes avec qui l'on ne souhaite pas passer ses vacances.
J'espérais toutefois y trouver de bons conseils concernant les enfants. Mais l'unique recommandation consiste à éviter de faire des remarques sur les enfants des autres, au risque de créer des conflits prolongés. À cette occasion, l'auteur aurait pu rappeler que les parents ont la responsabilité d'éduquer leurs enfants à se comporter convenablement dans les lieux publics, que ce soit dans un train, un restaurant ou sur la plage. L'enfant est devenu sacré, jouissant de droits qui, parfois, empiètent sur le confort des autres. Emmanuel Macron lui-même semble envisager de l'inscrire dans la Constitution.
Il est indéniable que le réarmement démographique est une ambition louable. Qui financera nos retraites sinon ? Si l'État souhaite soutenir les familles désireuses de repeupler la France, c'est compréhensible, d'autant qu'une part de nos impôts est affectée à l'éducation de ces jeunes. Cependant, il est essentiel de les former. La Commission nationale des Droits de l'homme a récemment avancé l'idée d'interdire les espaces « no kids ». Elle a même inventé un terme pour désigner ce qu'elle appelle l'adultisme, un concept qui pénalise ceux qui souhaitent travailler en silence ou se détendre loin des cris infantiles. La Haute-commissaire à l'Enfance, Sarah El Haïry, considère que ces espaces sont une forme de discrimination fondée sur l'âge, et donc une infraction pénale.
Il s'agit ici moins d'affection que d'un projet d'une humanité unie, qui, comme l'a noté l'essayiste Philippe Muray, cherche à abolir toutes les séparations — entre générations, entre sexes, et même entre vivants et morts. L'amour pour ses enfants — et même ceux des autres — passe avant tout par leur éducation, par l'apprentissage des limites et des responsabilités. Les jeunes ne devraient pas avoir à se préoccuper des voyages en train ou de l'entretien des voitures, mais plutôt à explorer un monde qui leur est promis. Certes, la vie adulte est parfois ennuyeuse, mais, comme le dit la publicité, ceux qui ont leur permis de conduire savent en profiter.
Ni hommes ni femmes, ni Grecs ni Romains, disait Saint-Paul. À présent, nous risquons d'avoir des sociétés sans adultes ni enfants. Pour ma part, j'ai décidé d'aller en colo.







