Durant le Festival d'Avignon, Jérôme Delporte occupe le rôle de régisseur général de la cour d'honneur au Palais des Papes. Sa mission ? Réaliser les aspirations les plus folles des metteurs en scène tout en préservant cet édifice historique d'exception.
"C'est le plus beau théâtre du monde, non ?", s'exclame avec enthousiasme Jérôme Delporte, alors qu'il reçoit l'AFP à l'ombre de la majestueuse forteresse, construite au XIVe siècle.
Avec un plateau qui s'étend sur toute sa longueur et près de 1.800 sièges, la cour est le cœur palpitant de ce festival international du théâtre, né en 1947 avec "La Tragédie du roi Richard II" de William Shakespeare, mise en scène par Jean Vilar.
Chaque soir, à 22h10, après avoir vérifié que chaque équipe est prête, il lance le spectacle avec un "top trompettes" dans son talkie-walkie. "C'est un moment euphorique", partage-t-il.
À 54 ans, Delporte coordonne une équipe impressionnante. Comptabilisant d'abord 25 techniciens sur le plateau, il est assisté par un adjoint, 17 agents polyvalents et une trentaine de bénévoles pour accueillir les spectateurs.
Ancien responsable chez EDF, il a accédé à ce poste en 2021, après avoir exercé comme électricien sur le même lieu de 2003 à 2015. Sa connaissance approfondie de l'espace est indéniable : "Je connais tous les recoins, même les escaliers en colimaçon", affirme-t-il.
Son équipe arrive en juin, moment où les gradins sont déjà installés, mais où toute l'équipement reste encore à assembler. Cela inclut le tirage de kilomètres de câbles électriques pour les projecteurs, notamment au sommet des tours emblématiques.
Des réunions se tiennent avec les metteurs en scène pour discuter des contraintes spécifiques liées à la réglementation du spectacle vivant et à la singularité du site. "Une artiste souhaitait faire verser du sang sur les murs? Pas possible", se souvient-il, soulignant l'importance de la préservation de ce site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Mais il n'hésite pas à suggérer des alternatives astucieuses comme des trompe-l'œil.
Pour le spectacle d’ouverture, "Maldoror", Delporte a trouvé le moyen de faire circuler le public sur le plateau tout en respectant des limites de sécurité.
Jérôme et son équipe doivent aussi s'adapter rapidement à divers imprévus, comme la canicule qui bouleverse les plannings ou les orages, comme celui qui a perturbé une représentation de "Soulier de satin" l'année précédente.
"Je perds environ 5 kilos durant le festival", admet-il en riant. "Mais je les avais pris avant". Ce passionné, qui travaille au Théâtre public de Montreuil le reste de l'année, avoue nourrir une "relation sentimentale" avec la cour. "C’est ici que j’ai mis les pieds dans un théâtre pour la première fois", conclut-il avec nostalgie.
Jérôme Delporte symbolise donc la fusion entre héritage et innovation, contribuant ainsi à faire de chaque édition du festival d'Avignon un événement inoubliable.







