À Ouagadougou, la passion du golf ne faiblit pas, même si le parcours est atypique. Dans une région où l'eau est précieuse, la discipline se retrouve loin des standards conventionnels. Comme l'indique le média burkinabè Studio Yafa, le golf, souvent perçu comme un sport élitiste, aspire à toucher un public plus large tout en s'adaptant aux réalités locales.
En cette fin de mois de mai, Soumaila Guébré sillonne le parcours du quartier Balkuy, dans une ambiance paisible. Malgré les conditions climatiques chaudes, il évolue avec son caddie et ses camarades. "Je suis ici pour le plaisir et la camaraderie", confie-t-il. Son enthousiasme pour le jeu est palpable, mais une mauvaise frappe de balle le ramène à la réalité. "C’est ça le golf. La performance est un défi constant," lui rappelle son ami Sultan Bouda, lui-même joueur aguerri.
Un sport qui “n’est pas donné à n’importe qui”
Soumaila a découvert le golf grâce à ses amis, et lui-même revient sur le parcours avec régularité. "Pour nous, pratiquer le golf est bien plus qu'un simple loisir; c'est une manière de socialiser et de tisser des liens," note-t-il avec un sourire. Sultan, quant à lui, pratique le golf depuis de nombreuses années et souligne l’importance de la discipline dans sa vie. "Jouer m’a appris à être rigoureux et à gérer le stress," dit-il, en référence à sa passion pour le jeu.
Néanmoins, il y a une perception tenace que le golf est lié à une certaine richesse. Sultan nuance : "Ce n’est pas une question d’argent, mais d’organisation. Le coût d’accès peut être un frein, mais beaucoup se disent que cela en vaut la peine." L’abonnement annuel, fixé à 250 000 francs CFA (380 euros), complique l’accès pour certains.
“Le score est secondaire”
Le récit de Moussa Kafando, qui a grandi en jouant avec des bâtons d'arbre, illustre bien l’esprit de solidarité qui règne sur le parcours. "Je rêve de jouer à l'international, mais pour l'instant, je me concentre sur le plaisir de jouer et de partager des moments," dit-il après avoir remporté un prix.
En se tournant vers l'ambiance amicale et chaleureuse, Fabrice Nadembèga souligne : "Le score compte peu; l'important, c'est l'ambiance," mettant ainsi en avant le caractère convivial du golf.
"Nous travaillons à abolir cette image élitiste du golf. Ici, les riches cohabitent avec ceux qui se battent pour progresser," déclare un intervenant local.
Asmao Ouédraogo, une des rares femmes sur le parcours, exprime sa joie : "J'ai découvert ce sport lors d'une initiation et j'y ai trouvé une belle opportunité pour améliorer ma forme physique tout en m'amusant," explique-t-elle.
Moins d’eau et de frais d’entretien
Le parcours de golf de Ouagadougou repose sur des caractéristiques uniques : l'absence de gazon, ce qui oblige les joueurs à adapter leur technique. "C’est ce qu’on a de mieux ici," assure Sultan Ouédraogo. La gestion de l'eau est une priorité ; selon Salif Samaké, président de la Fédération burkinabè de golf, le parcours utilise à peine 4 à 5 mètres cubes d'eau par semaine. "On ne gaspille pas, et cet aspect est un atout majeur en période de sécheresse," insiste-t-il.
Pourtant, le golf reste mal connu dans le pays, malgré l'existence d'une unique fédération. Les acteurs cherchent à démocratiser ce sport avec des initiatives comme une académie ouverte aux jeunes de 7 à 21 ans. "Nous voulons préparer l'avenir et élargir la base des joueurs," conclut Samaké.







