La question de la cohabitation avec ces espèces dites nuisibles prend une tournure urgentes. Désormais appelées Espèces Susceptibles d’Occasionner des Dégâts (ESOD), leur élimination, permise toute l’année, ne semble pas freiner les dégâts, bien au contraire. Chaque année, près de 1,7 million d’animaux sont abattus, mais une étude du Muséum national d’histoire naturelle conteste leur efficacité : les dommages et les populations d'animaux restent inchangés, et le coût des éliminations dépasse de huit fois celui des indemnisations.
Alors qu’une nouvelle liste d'espèces est prévue d'ici à l'été 2026, le débat reste houleux. Pour explorer les solutions envisageables et repenser notre cohabitation, Elsa Bonnaud, enseignante-chercheuse à l'Université Paris-Saclay, exprime son avis éclairé dans le podcast La Question météo climat.
Comment désignons-nous une espèce nuisible ?
L'établissement de la liste des ESOD vise à offrir des preuves tangibles sur les dommages causés par ces espèces. Cependant, selon les experts, les données collectées reposent principalement sur des déclarations, sans vérifications suffisantes. Certains dégâts sont facilement mesurables, comme une poule tuée par un renard, mais d'autres sont plus subtils. Les animaux sont souvent jugés nuisibles à l'échelle nationale, alors qu'il serait plus judicieux d'agir au niveau local.
La situation des espèces sur ces listes
Les listes s'établissent par département; toutefois, la pression exercée par les signalements de dommages peut entraîner l'inscription sur une liste nationale. La problématique est d'autant plus complexe qu'il arrive que des espèces natives comme le renard ou la fouine soient systématiquement désignées nuisibles, indépendamment de la réalité locale.
Le statut d'ESOD : quelles implications ?
Être classé comme ESOD permet aux espèces d'être chassées à tout moment. En effet, leur statut autorise les piégeages hors des périodes de chasse. La question se pose aussi de savoir si ces méthodes sont réellement adaptées?
Le renard : un cas emblématique
Le renard est un animal central dans ces discussions. Écologues et experts affirment qu'il ne risque pas de disparaître; en revanche, sa chasse intense perturbe les équilibres naturels. En supprimant ce prédateur intermédiaire, on favorise la prolifération d'autres espèces nuisibles à l'agriculture. Cela nous pousse à rechercher des solutions de contrôle plus coûteuses et complexes.
Les alternatives : cohabitation ou régulation ?
Une approche cas par cas pourrait être la solution. Impliquer différentes parties prenantes, comme les agriculteurs et les associations, pourrait favoriser une mise en œuvre rapide d'actions ciblées là où elles sont nécessaires, tout en évitant les exterminations généralisées.
La rue, par exemple, souligne le fait que traiter les problèmes doit se faire avec discernement. Les initiatives pour préserver les services écosystémiques de ces animaux pourraient réduire les problèmes que rencontrent les agriculteurs.
En guise de conclusion, il est essentiel de remettre en question nos approches traditionnelles. Reconnaître la résilience et l'adaptabilité de ces espèces pourrait nous pousser à revoir notre cohabitation avec elles, plutôt que de recourir systématiquement à leur élimination.







