La France poursuit sa quête de souveraineté numérique en mettant un terme à près de dix ans de collaboration avec l’américaine Palantir. La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) se tourne désormais vers ChapsVision, une start-up locale, marquant ainsi une étape importante dans la stratégie numérique du pays.
Cette décision, annoncée par le ministre de l'Intérieur, Sébastien Lecornu, répond à une nécessité croissante d'autonomie numérique. En effet, comme l'explique La Dépêche, le gouvernement veut éviter de dépendre de sociétés externes, surtout lorsqu'il est question de sécurité nationale.
Palantir : un partenaire controversé
Fondée après les attentats du 11 septembre 2001, Palantir est rapidement devenue un acteur clé dans le domaine de l'analyse des données sensibles. La DGSI avait commencé à collaborer avec l'entreprise après les attaques de novembre 2015 à Paris, signant son premier contrat en décembre 2016. À cette époque, elle était la première nation en dehors des États-Unis à utiliser le logiciel Gotham de Palantir.
Malgré plusieurs renouvellements de contrat, les responsables de la DGSI ont toujours considéré cette collaboration comme temporaire. En mai 2016, l’ancien directeur Patrick Calvar avait souligné l'absence d'alternatives françaises capables de répondre aux exigences immédiates des services de renseignement. Cela a changé avec le développement de l’offre de ChapsVision.
Pourquoi ce changement de cap ?
La décision de rompre cette collaboration découle également des préoccupations soulevées autour des pratiques de Palantir, souvent décrites comme intrusives. La société a été impliquée dans divers dispositifs de surveillance à l'international, notamment aux États-Unis et en Israël. Sébastien Lecornu a clairement stipulé : "Nous ne pouvons pas dépendre du bon vouloir de certains partenaires..." en référence à des incidents récents qui ont mis en évidence la vulnérabilité des dépendances technologiques.
ChapsVision : un nouveau souffle
ChapsVision a été choisie pour remplacer Palantir après un processus de sélection qui a duré plusieurs années. Sa plateforme, Argonos, est conçue pour analyser de grands volumes de données, soutenant ainsi les missions de renseignement. Olivier Dellenbach, son fondateur, vise à positionner ChapsVision comme un acteur majeur de la cyberintelligence, non seulement pour les services gouvernementaux, mais aussi pour le secteur privé en France.
Il est intéressant de noter que la start-up n'est pas seule dans cette démarche. Les services de renseignement allemands ont également adopté Argonos pour éviter de recourir à Palantir, illustrant ainsi un mouvement vers plus de souveraineté dans le domaine numérique en Europe.
Quel avenir pour Palantir ?
Le timing de cette annonce soulève des interrogations, car le contrat actuellement en vigueur avec Palantir, signé pour plusieurs années, devrait théoriquement rester en place jusqu'à ce que ChapsVision soit pleinement opérationnelle. Selon Intelligence Online, les équipes de Palantir n'ont même pas été prévenues de ce changement avant qu'il ne soit public.
En réponse, Palantir a affirmé que son contrat restait en vigueur et a assuré qu'il continuerait à fournir ses services durant la transition. Cette transition, cependant, pourrait prendre plusieurs années, car la solution de ChapsVision n'est pas encore prête à être déployée, mettant ainsi en avant les défis logistiques auxquels la DGSI se confronte.







