L'« UFC Freedom 250 », soirée de MMA prévue sur la pelouse sud de la Maison-Blanche le 14 juin, est présentée comme une célébration patriotique. Mais, à y regarder de plus près, cet événement célèbre surtout l'anniversaire de Donald Trump, qui fêtera ses 80 ans ce jour-là. La violence et la domination des arts martiaux mixtes font écho à la vision politique du président.
Que signifie politiquement l'érection d'une cage de combat dans le jardin de la Maison-Blanche ? En effectuant cette mise en scène, Trump dépeint une conception du pouvoir où le leader ne sert plus la nation, mais incarne un champion tout-puissant.
Dans un contexte où son administration traverse l'une des crises internationales les plus délicates de son mandat, Trump semble accorder une attention disproportionnée à des éléments symboliques tels que sa salle de bal et cet événement MMA. Le président n'hésite pas à comparer l'arène, une immense structure métallique, à la tour Eiffel, suggérant même qu'elle devrait rester telle quelle pour les années à venir.
Comptant tant sur l'événement que sur sa propre image, Trump a voulu s’assurer que même le calendrier du G7 soit ajusté pour éviter tout conflit avec cette célébration.
Une appropriation symbolique de la nation
Les organisateurs de l’événement en font une "célébration patriotique". Néanmoins, aucune des commémorations historiques citées ne coïncide réellement avec la date : le 4 juillet 2026 marquera le 250e anniversaire de l’indépendance, tandis que d'autres anniversaires importants suivent dans les années à venir. Sous couvert d'une commémoration nationale, cet événement se dévoile surtout comme une fête d’anniversaire politique.
Diffusé sur Paramount+, dont la société mère est proche de l'écosystème trumpien, l'événement a attiré l'attention non seulement par son contenu numérique, mais aussi par la sélection des spectateurs. Des militaires, choisis selon des critères physiques par le Pentagone, serviront de décor télévisuel.
Parallèlement, il a été révélé que Trump avait acheté des actions de TKO Group Holdings, la maison mère de l'UFC, alors qu'il fait la promotion de l'événement, remettant ainsi en question l’objectivité d’une telle célébration sportive.
Une fascination ancienne pour les sports de combat
La passion de Trump pour les sports de combat remonte à plusieurs décennies. Évitant le service militaire pendant la guerre du Vietnam, il a tissé des liens avec la WWE dans les années 1980 et a participé à des événements de lutte spectaculaire. Cette expérience de la mise en scène souligne son aptitude à comprendre et manipuler les dynamiques du pouvoir.
Donald Trump a été l'un des premiers à percevoir que la politique américaine fonctionne comme un spectacle. Ici, contrairement à la WWE où le résultat est scripté, les combats de l'UFC sont réels et reflètent une culture de domination physique qui trouve un écho dans la droite américaine contemporaine.
Du héros civique au champion combattant
Historiquement, les présidents américains ont souvent été perçus comme des héros civiques. Cependant, depuis le 11 septembre, cette image a évolué vers une glorification de la force et de la domination. La notion de modèle héroïque a été supplantée par celle de la capacité à prévaloir sur l'adversité.
La campagne pour l'événement du 14 juin illustre ce changement, enrichi par une esthétique martiale qui trahit une masculinité hégémonique. L'Oncle Sam, traditionnellement associé à la force morale, est transformé en un colosse hypermusclé, reflétant un changement dans l'imaginaire collectif.
La signification politique de cet événement dépasse l’aspect festif : le champion ne représente plus la nation, il la personnifie, incarnant ainsi la domination plutôt que le service.
Le MMA comme vecteur politique
En 2024, selon des études sur le comportement électoral, une majorité d'hommes jeunes a voté pour Trump, ce qui illustre un modèle de virilité en faveur de la domination physique. Le but de l'événement semble clairement être de renforcer ce lien entre le pouvoir et un imaginaire masculin de force, alors même que le soutien à Trump parmi d'autres groupes électoraux est en déclin.
Cependant, l’enjeu ne se limite pas à une tactique électorale. Ce geste de Trump est aussi une tentative de donner aux valeurs des arts martiaux une résonance dans le discours politique, un choix qui cherche à redéfinir les normes de leadership et d'héroïsme.
Le pouvoir mis en cage
La cage de la Maison-Blanche symbolise une forte mise en scène, où le spectacle remplace une prise de responsabilité. En sublimant le triomphe du guerrier, les grains de vérité de l’expérience politique sont dénaturés. Ce spectacle de violence crée des parallèles avec la Rome antique, tout en intégrant la contestation comme partie prenante d’un show politique, rendant la critique presque futile.
Les réactions face à cet événement ne se sont pas fait attendre, entraînant des recours juridiques et des manifestations du mouvement No Kings, qui rappellent que la nation appartient au peuple davantage qu’à un seul homme. La question fondamentale demeure : qui peut vraiment revendiquer la nation ? Le leader ou la résistance citoyenne ?
Jérôme Viala-Gaudefroy, spécialiste de la politique américaine, Sciences Po
Cet article est republie à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.







